Enregistrement audio et texte de la prédication de Colette Jeuch du 29 novembre 2009.

1er dimanche de l’Avent - Luc 1 : 26-38

En cette période de préparation de Noël, il est bon de poser à nouveau les bases de nos valeurs dans notre société atteinte de sinistrose, de morosité et de crainte pour l’avenir et proclamer que Noël peut devenir pour chaque homme -aujourd’hui, ici - un rendez-vous Divin pour l’espérance.

Pendant cette période de l’Avent, nous aurons une série de messages sur le thème de l’espérance qui sera traité par différents prédicateurs.

En ce 1er dimanche de l’Avent, prenons le texte rapportant l’annonce de la naissance de Jésus faite à Marie*, sa mère.

Avant d’en faire la lecture, nous voyons qu’il commence par : « Au 6ème mois » … Il faut entendre (cf versets précédents): « au 6ème mois de grossesse d’Elisabeth », cousine de Marie, femme du prêtre Zacharie. Elisabeth et Zacharie étaient tous deux justes devant Dieu, pieux et étaient déjà très âgés. Jusqu’à ce jour, ils n’avaient pas eu d’enfants car Elisabeth était stérile. Mais, miracle, Dieu intervient et Elisabeth attend un garçon qui sera appelé Jean et connu plus tard sous le nom de Jean-Baptiste. C’est lui qui, en précurseur, préparera les cœurs à accueillir le message de Jésus.

Luc 1 : 26-38

1) Cadre socioculturel

Tout d’abord arrêtons-nous sur le cadre dans lequel vit Marie, cette toute jeune fille, de condition sociale humble, dont l’histoire est la plus banale. Elle vit à Nazareth, une ville insignifiante, perdue au milieu de la Galilée dont tout le monde sait qu’il ne peut rien sortir de bon!

Comme toutes les filles de son pays, à l’âge nubile elle a été accordée en mariage, sans qu’on lui demande son avis, à un homme choisi par son père et c’est lui qu’elle épousera plus tard, le moment venu. Fiancée à ce nommé Joseph, elle sait d’avance quelle vie elle mènera en regardant vivre sa mère, ses sœurs, ses voisines. Son avenir est donc tout tracé d’avance car son destin est inscrit dans un cadre socioculturel qui ne laisse que peu de place à la romance et peu de liberté dans les choix à venir. Dans cette vie sans surprise la seule excitation vient des maternités, de l’honneur de donner à son mari un enfant mâle pour assurer la descendance et ensuite, plein d’autres filles ou garçons.

Et voilà que dans cette vie simple, banale, Dieu intervient. Il fait irruption dans cette vie ordinaire pour l’orienter autrement, et l’ouvrir sur une dimension “extra-ordinaire”.

Voyons maintenant, en descendant le texte, comment Marie reçoit cette Parole de Dieu dite par l’ange pour finir par cette déclaration : «qu’il me soit fait selon ta parole»

2) L’espérance annoncée

a) par pure grâce

Bien sûr, il est normal que Marie soit, dans un premier temps, troublée (v.29) par une telle annonce aussi « gracieuse ». En effet Luc insiste, en rapportant cet événement, sur la place de la Grâce de Dieu. (« Je te salue, toi à qui une grâce a été faite » « Ne crains pas car tu as trouvé grâce auprès de Dieu »). Marie, cette toute jeune fille certainement pieuse et respectueuse des Ecritures, sait très bien que ce ne sont ni sa nature, ni ses qualités qui lui valent une telle intervention de Dieu, elle le dira dans son cantique. Cette apparition n’est pas non plus une réponse à sa prière (comme ce fut le cas pour Elisabeth par exemple et pour bien d’autres encore), mais bien l’expression d’une volonté souveraine et gracieuse de Dieu.

J’aime voir, dans cette manière de se révéler à Marie, l’annonce ou les prémices de la nouvelle économie de la grâce en Jésus-Christ offerte à tout être humain, homme/femme, vieux/jeune, noir/blanc, riche/pauvre.

Pour ma part, c’est bien par pure grâce, qu’un jour, Dieu m’a interpellée et s’est révélé à moi, plantant dans mon cœur une espérance nouvelle, donnant un sens nouveau à ma vie. J’avais 18 ans et je m’en souviens comme si c’était hier. Et beaucoup ici ont fait cette même expérience. Et ce qu’il a fait par pure grâce, pour moi comme pour beaucoup d’entre nous ici, il veut le faire pour tous les hommes sachant que « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la Vérité (1Tim 2 : 4) ».

Alors, dans notre témoignage envers nos prochains, dans nos prières pour la conversion de nos enfants, parents, amis, rappelons-nous bien qu’ils sont au bénéfice de la grâce commune de Dieu, et comptons sur la grâce de Dieu

Dans le cas de Marie, c’est bien par pure grâce que Dieu la choisit pour accomplir son plan de salut, et Marie en a conscience.

b) par le possible de Dieu

Revenons au texte. Elle comprend très vite (elle n’est pas naïve) qu’il s’agit d’un futur immédiat et que l’ange ne parle pas d’un futur fils de Joseph promis à un destin exceptionnel comme le montre sa question : « comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme ? »

Comprend-elle qu’il s’agit du Messie promis ? Marie connaît les Ecritures comme le montre son cantique, quelques lignes plus loin, qui est une compilation de versets de l’Ancien Testament. Elle fonde sa louange sur les Ecritures par des citations plus ou moins libres de l’Ancien Testament. DONC, oui, elle connaît les Ecritures ; Elle attend la venue du Messie, le Sauveur ; elle sait qu’il doit naître d’une vierge ; ALORS elle accueille avec émerveillement cette annonce d’une espérance nouvelle pour le monde et en premier lieu pour elle-même. Car Dieu s’implique dans son histoire à elle, simple petite Marie, et l’écart entre la vie qui lui était promise et ce qui lui est annoncé est énorme.

Son rêve de jeune fiancée : donner un fils à Joseph pour qu’il devienne un bon charpentier comme lui, un homme craignant Dieu, un homme respectable dans cette ville de Nazareth.
Ce rêve légitime se transforme, par l’irruption de Dieu dans sa vie en : donner naissance au Fils de Dieu, le Très-haut, donner naissance à un enfant appelé à siéger sur le trône de David, à régner éternellement, à être grand et saint (ce sont les termes utilisés par l’ange).

Le contraste est énorme. Elle comprend que ce fils qu’elle attend est plus qu’Isaac - le fils de la promesse – il est plus que Samuel, plus que Salomon, plus que tous les prophètes ; c’est le Messie conçu dans son ventre par la puissance du Saint-Esprit. Car à Dieu, tout est possible.

Oui, le contraste est énorme entre la vie banale et bien réglée qu’elle imaginait et la nouvelle perspective que Dieu lui offre.

En entrant dans sa vie, Dieu l’emmène sur des cimes élevées ; son quotidien ordinaire en sera transfiguré ; sa vie aura un sens nouveau.

Mon ami, Dieu veut aussi entrer dans ta vie et t’emmener sur des cimes élevées. Toi, jeune ou moins jeune, qui vit une existence sans espérance ou une existence tout simplement banale dans laquelle Dieu n’est que simple spectateur, toi, il veut t’emmener vers une espérance et un avenir dans lesquels il s’implique totalement et qu’il veut assumer avec toi.

Peut-être que tu penses que l’histoire de ta vie est figée, qu’elle est inscrite dans un certain déroulement. Tu te sens peut-être prisonnier de ta famille, de ton travail, de ton quartier, prisonnier des engagements que tu as choisis ou de ceux que tu subis, prisonnier de tes échecs ou de tes succès, prisonnier de tes péchés. Bref, prisonnier de ton histoire et des contraintes du moment.

Aujourd’hui Dieu te dit « ne crains pas, je te fais grâce, je veux faire ma demeure chez toi (Jn 14 :23), moi le Très-haut, ton Sauveur, ton SeigneurJe veux te donner une espérance nouvelle, un avenir nouveau, je visite ton histoire pour la transformer, l’ouvrir à tous mes possibles et briser ainsi tous les déterminismes qui te lient ».

Cette invitation est pour le plus grand des bandits comme le plus grand des honnêtes gens car devant Dieu, il n’y a pas de différence : tous pécheurs, tous privés de sa gloire, tous coincés dans leur histoire, mais tous au bénéfice de sa grâce par le rachat en J-C (Rom3 :23-24)

Attention !! dans cet avenir nouveau il ne s’agit ni de divorcer, ni de renier père, mère, frères, enfants, voisins, ni d’abandonner son travail (sauf appel spécifique), ni de croire que toutes les conséquences de nos actes vont être balayées comme par magie.

Dire, “oui” à cette annonce, comme Marie l’a fait, c’est accepter que Dieu s’inscrive dans nos histoires telles qu’elles sont, qu’il en soit le compagnon de route, qu’il les oriente de façon nouvelle, qu’il les couvre de sa grâce, et qu’il nous réconcilie avec elles et tous leurs acteurs en nous réconciliant avec Lui.  Car à Dieu tout est possible.

Il nous emmène sur des cimes élevées ; nous devenons filles et fils de Dieu, le Très-Haut ! il nous donne un espérance nouvelle ; il nous donne la vie, la vraie, ici, maintenant et pour l’éternité = la vie avec lui. Et quel contraste entre la vie sans Lui et la vie avec Lui !

c) par la foi

Revenons à Marie. A cette révélation qu’elle reçoit de Dieu, Marie offre “l’obéissance de la foi” ; elle croit Dieu sur parole et s’en remet totalement à lui : « je suis la servante du Seigneur ». Son bonheur viendra de sa fidélité à cette parole à laquelle elle s’est soumise dès la première rencontre. Sa vie ne sera pas toujours rose. Elle connaîtra l’incompréhension, l’exil en Egype, les soucis de toute mère de famille, et même le deuil car elle est probablement déjà veuve au début du ministère de Jésus…. Mais, pendant tout ce temps, elle gardera dans son cœur les paroles de l’ange et elle s’y accrochera.

Lorsqu’une femme s’adressera à Jésus, quelque 30ans plus tard disant « Heureuse la femme qui t’a porté et allaité », il répondra « heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent ». La vraie béatitude est celle de la foi.

Marie peut être appelée bienheureuse parce qu’il lui a été accordé la grâce de porter Jésus dans son ventre certes, mais surtout parce qu’elle a répondu « Je suis la servante du Seigneur »

Le vrai bonheur ne peut venir que de la foi en notre Dieu. Tous les hommes courent après le bonheur. Mais le bonheur ne vient que de Dieu seul qui nous rencontre par pure grâce dans notre histoire personnelle, nous accordant de la regarder en face et de l’assumer telle qu’elle est, dans la paix d’un cœur réconcilié, parce que Lui, notre Dieu va la transformer par sa présence et son pardon.

Le vrai bonheur vient lorsque nous nous soumettons, et acceptons que Dieu prenne notre histoire parfois pesante, parfois triste, souvent terne, sans horizon, pour nous emmener vers les hauteurs de sa lumière et de sa paix.

Noël est peut-être le moment favorable pour qu’une telle expérience soit possible.

Noël ce peut être aujourd’hui l’écoute d’une parole qui nous demande de regarder en face notre histoire sans la subir ou la nier ou la rejeter, mais en l’assumant paisiblement parce que Jésus, Emmanuel, vient s’y installer pour la vivre avec nous.

Marie ne sait pas comment cela se fera ; elle n’y comprend rien, mais elle fait confiance.

Conclusion

Noël c’est l’annonce de l’espérance, c’est l’annonce de la venue d’un sauveur pour l’humanité, Celui par qui toutes choses peuvent devenir nouvelles.

C’est Dieu incarné qui vient qans l’Histoire (H) et qui vient par son Esprit dans nos histoires, dans l’histoire d’hommes et de femmes dont il connaît tous les secrets.

Jésus est venu à Noël pour, 33 ans plus tard, mourir sur la croix et ressusciter afin d’arracher chaque homme à l’emprise de Satan et en faire des êtres libres ; libres du péché, libres de tous les déterminismes de leur histoire, et donner un nouveau départ, un nouveau sens à la vie, un autre aboutissement.

C’est ce message de grâce et d’espérance que nous avons à proclamer dans notre société morose, pessimiste, craintive, sans espérance.

Nous pouvons dire avec assurance à tous ceux que nous croisons en ces fêtes de Noël : « je te salue, toi à qui une grâce a été faite : Jésus est venu dans le monde pour te sauver toi pécheur (1Tim 1:15) et donner à ton histoire une nouvelle espérance ».

Prions pour que le Saint-Esprit travaille les cœurs et que beaucoup puissent répondre par la foi : « je suis la servante, le serviteur du Seigneur. Qu’il me soit fait selon sa Parole ».

* Voir l’ouvrage d’Elian Cuvillier. « Parole pour chacun » chap sur Marie p.67-75. éd Olivetan