Lévitique 19.2 : Vous serez saints, car je suis saint, moi, l’Éternel, votre Dieu.

Prédication donnée à Massy le 20 octobre 2013 (Dimanche du Défi Michée)

Dans les Églises évangéliques, nous avons toujours mis l’accent sur la grâce de Dieu et la relation personnelle que Dieu veut entretenir avec chacun d’entre nous. Et nous avons raison. La Bible ne se résume pas à un code moral. Jésus n’était pas seulement un grand enseignant moral, il est venu pour sauver le monde de son péché en se donnant sur la croix. Dans ses propres mots, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu, et pour servir et donner sa vie en rançon pour beaucoup. (Luc 19.10, Marc 10.45). Voilà donc la base de l’évangile, Dieu nous offre le salut en Jésus-Christ. C’est la base de ce tout que nous croyons et tout ce que nous pratiquons.

Et pourtant, Dieu ne nous appelle pas à habiter dans un vide, dans un ghetto qui n’a rien à voir avec le monde qui nous entoure. Nous voyons cela dans la vie de Jésus, qui côtoyait les petits et les grands de son temps et qui avait compassion des pauvres, des malades, des handicapés et des laissés-pour-compte, et nous allons voir ce matin que même au tout début de l’histoire du peuple d’Israël, quand Dieu a appelé son peuple à sortir d’Égypte pour former un peuple unique, il se souciait aussi de la façon dont son peuple allait se comporter, que ce soit entre eux, ou bien dans ses relations avec les autres nations.

Nous lisons quelques extraits du Lévitique chapitre 19. (Lecture : 1, 9-18, 32-36).

1 L’Éternel parla à Moïse et dit : Parle à toute la communauté des Israélites. Tu leur diras :

Vous serez saints, car je suis saint, moi, l’Éternel, votre Dieu …

9 Quand vous ferez la moisson dans votre pays, tu laisseras un coin de ton champ sans le moissonner et tu ne ramasseras pas ce qui reste à glaner. 10 Tu ne cueilleras pas non plus les grappes restées dans ta vigne, et tu ne ramasseras pas les grains qui en seront tombés. Tu abandonneras cela au malheureux et à l’immigrant. Je suis l’Éternel, votre Dieu.

11 Vous ne commettrez pas de vol, et vous n’userez ni de tromperie ni de fausseté chacun envers son compatriote.

12 Vous ne jurerez pas faussement par mon nom, car tu profanerais le nom de ton Dieu. Je suis l’Éternel.

13 Tu n’opprimeras pas ton prochain et tu ne déroberas pas. Tu ne retiendras pas chez toi la paye d’un salarié jusqu’au lendemain. Tu ne maudiras pas un sourd et tu ne mettras devant un aveugle rien qui puisse le faire trébucher ; mais tu auras la crainte de ton Dieu.Je suis l’Éternel.

15 Vous ne commettrez pas d’injustice dans les jugements : tu n’auras pas égard à la personne du pauvre et tu n’auras pas de considération pour la personne du grand, mais tu jugeras ton compatriote selon la justice. Tu n’iras pas calomnier ceux de ton peuple. Tu ne réclameras pas injustement la mort de ton prochain. Je suis l’Éternel.

17 Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur ; tu auras soin de reprendre ton compatriote, mais tu ne te chargeras pas d’un péché à cause de lui. 18 Tu ne te vengeras pas, et tu ne garderas pas de rancune envers les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis l’Éternel.

32 Tu te lèveras devant les cheveux blancs et tu honoreras la personne du vieillard. Tu craindras ton Dieu. Je suis l’Éternel.

33 Si un immigrant vient séjourner avec vous dans votre pays, vous ne l’exploiterez pas. 34 Vous traiterez l’immigrant en séjour parmi vous comme un autochtone du milieu de vous ; tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été immigrants dans le pays d’Égypte.Je suis l’Éternel, votre Dieu.

35 Vous ne commettrez pas d’injustice, ni dans les jugements, ni dans les mesures de dimension, ni dans les poids, ni dans les mesures de capacité. 36 Vous aurez des balances justes, des poids justes, un épha juste et un hîn juste.

Je suis l’Éternel, votre Dieu, qui vous ai fait sortir du pays d’Égypte.

Nos pensées sur ce passage vont se diviser en trois parties :

- Le cadre de ces commandements

Les conséquences de la grâce de Dieu (la partie principale)

et La conclusion : comment donc agir au 21e siècle ?

1 : Le cadre de ces commandements

Le cadre de ces commandements est très clair, c’est le caractère de Dieu. Nous ne nous trouvons pas devant une série de lois humaines, une sorte de droit civil, mais noussommes en face de lois qui sont la conséquence du caractère de Dieu, caractère que les croyants doivent imiter et refléter dans la société qui les entoure. Nous le voyons dès le premier verset de notre passage, où Dieu dit Vous serez saints, car je suis saint.

Le mot « Saint » (kadosh) veut dire pur, donc séparé, ou différent. C’est la sainteté de Dieu qui faisait peur à ceux qui s’approchaient de lui, comme le peuple d’Israël à Sinaï, ou Ésaïe, au Temple de Jérusalem (Ésaïe 6). Ils ont compris peu à peu que la sainteté de Dieu, c’était la combinaison d’une justice ou pureté absolue et d’un amour infini (Nouveau Dictionnaire Biblique). Et notre chapitre souligne bien la sainteté dans le sens de cette pureté, cette différence, cette altérité, qui distingue Dieu de sa création, et qui distingue le peuple de Dieu des autres peuples de la terre. Et ce cadre du caractère saint de Dieu est souligné du début à la fin de notre passage. Vous aurez remarqué qu’un refrain est répété 15 fois dans ce chapitre (avec de petites variantes) : Je suis l’Éternel votre Dieu, et à la fin du chapitre Je suis l’Éternel votre Dieu, qui vous a fait sortir du pays d’Égypte. (v 36). Tout est basé sur un acte d’amour, un acte de délivrance, de la part du Dieu saint. Il a choisi Israël, non pas à cause des prétendus mérites de ce peuple, mais à cause de son amour pour lui (Deut 7.7-8, 9.4-6). C’est notre cas aussi. Si nous lui appartenons, c’est parce qu’il nous a aimés le premier, et qu’il nous a délivrés de l’esclavage de notre propre culpabilité, de notre péché, par son fils Jésus. Nous sommes sauvés par la grâce – mais pas sauvés pour ne rien faire, sauvés pour vivre pour lui. Et ce passage nous montre comment vivre pour lui dans ce monde, comment révéler son caractère au monde qui nous entoure.

2 : Les conséquences de la grâce de Dieu : comment vivre pour Dieu.

On peut diviser les injonctions de ce chapitre de plusieurs façons. En tenant compte de quelques répétitions, j’ai décelé 27 lois distinctes (que nous n’avions pas toutes lues), dont beaucoup reprennent l’un ou l’autre des dix commandements en les expliquant d’une façon pratique. Sur ces 27 lois, 11 concernent la relation de l’homme avec Dieu, et certaines de ces lois ont été accomplies par l’œuvre de Jésus. Les 16 autres, dont nous avons lu la plupart, sont intimement reliées à notre relation avec Dieu et sont entremêlées avec les premières. Ce sont des lois qui régissent nos relations humaines. Les unes découlent logiquement des autres, comme l’apôtre Jean le dit, Que celui qui aime Dieu aime aussi son frère. (1 Jean 4.21) Et si ce matin nous soulignons quelques-unes de ces lois morales, ce n’est pas parce qu’elles seraient plus importantes que notre relation avec Dieu, mais parce que nous ne pouvons pas tout dire dans une seule prédication, et ce dimanche en particulier, le dimanche du Défi Michée, nous soulignons quelques commandements que nous avons parfois tendance à oublier ou au moins à négliger.

Nous avons vu que Dieu répète 15 fois que ces lois sont une conséquence de son caractère et de notre relation avec lui. Et ce Dieu Éternel qui a eu compassion du peuple d’Israël en le faisant sortir d’Égypte ne se borne pas à ce peuple seul. Il voit les besoins de chacun. Vingt fois dans ce chapitre il parle de nos devoirs envers des groupes particuliers de personnes :

- 5 fois il parle de nos devoirs envers nos compatriotes, ou de notre peuple ;

- 4 fois il parle de notre prochain, ou de notre frère ;

- 4 fois il parle de nos parents, des cheveux blancs, des vieillards ;

- 5 fois il parle du malheureux, du pauvre, du salarié (qui à l’époque était pauvre), des handicapés,

- 3 fois il parle spécifiquement de l’immigrant, ou de l’étranger.

Et si Dieu parle parfois de nos devoirs les uns envers les autres en général, il est clair qu’il a un soin particulier pour les pauvres et les faibles, et il nous appelle à l’imiter. Il nous appelle à la générosité aux pauvres (en leur laissant toujours le superflu de ce qui était ramassé dans les champs), à ne pas mentir ni de tirer vengeance sur les autres ni même d’être rancuniers. Chose incroyable pour l’époque, non seulementson peuple ne doit pas faire le mal, mais il doit aimer activement l’autre : Tu aimeras ton prochain comme toi-même (v 18). Nous savons exactement comment Jésus a commenté ce verset, en montrant aux Juifs de son temps que le mot « prochain » était à prendre dans son sens le plus large. Notre prochain est celui que nous évitons, celui avec qui nous pensons n’avoir rien en commun, celui qui ne partage pas nos convictions intimes, celui qui a besoin de nous – ou, comme dans la parabole que Jésus a racontée, celui dont nous aurons peut-être besoin un jour ! Cet amour du prochain, même au temps de Moïse, où Dieu se forgeait un peuple, couvre explicitement l’amour de l’étranger : écouter de nouveau le v 34 : Vous traiterezl’immigrant en séjour parmi vous comme un autochtone du milieu de vous ; tu l’aimeras comme toi-même. Vous connaissez le mot xénophilie ? L’amour de l’étranger ? C’est un mot qu’on trouve dans la Bible et aussi dans le Petit Robert, mais le mot xénophobieest utilisé beaucoup plus souvent. Malheureusement, c’est ce mot-là que nous connaissons mieux. Même le Petit Robert dit que mot « xénophilie » est « rare », mais il n’est pas rare dans la Bible ! Déjà dans le Lévitique Dieu nous dit que si nous l’aimons, nous devons aussi aimer l’étranger, et agir en sa faveur ! C’est souvent l‘étranger qui est opprimé et méprisé, car il ne connaît pas les lois du pays où il habite. Ici également, il ne s’agit pas de donner à l’étranger des avantages dont l’autochtone ne bénéficie pas, mais de le traiter sur un pied d’égalité. Comment montrer l’amour de l’étranger à tous ceux qui nous entourent, à ces travailleurs immigrés qui finissent leurs jours seuls dans des foyers en France par exemple ? Comment vont-ils connaître l’amour de Dieu si ce n’est pas par notre attitude positive à leur égard, à commencer par un sourire ou une salutation ? Tout cela est matière à réflexion, matière à changer peut-être nos attitudes de tous les jours. Nous y reviendrons.

Avant de passer à notre conclusion, faisons un « zoom » sur trois versets particuliers de ce chapitre. Ce sont des versets qui parlent de la justice sociale.

15 Vous ne commettrez pas d’injustice dans les jugements : tu n’auras pas égard à la personne du pauvre et tu n’auras pas de considération pour la personne du grand … 35 Vous ne commettrez pas d’injustice, ni dans les jugements, ni dans les mesures de dimension, ni dans les poids, ni dans les mesures de capacité. 36 Vous aurez des balances justes, des poids justes, un épha juste et un hîn juste (= un kilo juste et un litre juste).

Dans ces versets le Seigneur nous appelle à pratiquer une honnêteté exemplaire, et à défendre les intérêts des pauvres, y compris dans la façon dont nous dépensons notre argent et dans la façon dont nous influençons nos politiques.

Le v 15 fait allusion aux pots-de-vin, à la corruption qui dévie la justice en faveur des riches. Si pour vous ce n’est pas évident ici, le Deutéronome est plus explicite : Tu ne porteras pas atteinte au droit, tu ne te montreras pas partial et tu n’accepteras pas de pots-de-vin, car les pots-de-vin aveuglent les yeux des sages et ruinent la cause des justes. (Dt 16.19, cf. Ex 23.8). En France aujourd’hui, peut-être que cela ne semble pas nous concerner trop directement. Et pourtant, les arbitrages se déclarent souvent en faveur des sociétés qui donnent des dessous de table et qui servent leurs propres intérêts au lieu de travailler pour le bien général. Et dans ses formes les plus extrêmes, la corruption donne le droit aux corporations multinationales de spolier la terre et d’exproprier les pauvres de leurs terres pour mieux exploiter les ressources naturelles du pays. Beaucoup de ces corporations ont leurs sièges en Europe. Les prophètes de l’Ancien Testament dénoncent ce mal, qui existait déjà à leur époque. En passant, vous avez sans doute remarqué que le v 15 ne va pas à l’autre extrême, en disant qu’il faut chaque fois favoriser le pauvre au détriment du riche ! Non – il faut être équitable envers tous, riches et pauvres, car chacun dépend de l’autre. Quand la justice est partiale, tous en souffrent, les pauvres, les laissés-pour-compte, les premiers. A cause de la loi du marché et la corruption dans notre pays et ailleurs, des jugements injustes sont souvent données, pour favoriser celui qui a le plus d’argent, celui qui peut donner des dessous de table.

Les balances justes dont il est question ici nous rappellent non seulement les marchands qui trichent au marché (ou au supermarché – le code barre qui ne correspond pas à ce qui est marqué au rayon) mais aussi ceux qui évitent de payer des impôts qu’ils devraient payer en utilisant des paradis fiscaux ou en faisant le travail au noir ou bien en « oubliant » de déclarer un revenu sur sa déclaration. Et là, ce n’est pas seulement les riches qui sont coupables, c’est des millions de personnes ordinaires qui volent l’argent qui devrait être utilisé pour le bien commun ! Est-ce que le Seigneur parle par sa Parole à l’un ou à l’autre ici ce matin ? Ce chapitre alterne les « vous » et les « tu » précisément pour montrer que nous sommes tous concernés par ces mesures.

3 : La conclusion : mais comment mettre tout cela en pratique au 21e siècle ?

On se sent souvent impuissants face à la méchanceté dans le monde, et nous l’avons souvent vu, même nos gouvernements sont parfois impuissants devant la loi du marché et les corporations multinationales. Pourtant, il y a des moyens d’agir, en utilisant notre influence dans le monde – et oui, nous en avons ! Nous n’allons pas abolir toute la corruption dans le monde par nos efforts personnels, mais avec des millions d’autres personnes nous pouvons faire une différence.

En 2005, avec d’autres membres de ma famille, j’ai participé à une manifestation organisée par le Défi Michée avant le G8 qui tenait ses réunions en Écosse. Nous marchions pour demander l’abandon de la dette des pays pauvres. Un quart de million de personnes - des chrétiens pour la plupart, mais des syndicalistes aussi - ont paralysé le centre d’Édimbourg dans une manif. bien contrôlée : et nous avons pu voir des résultats positifs, même si tout n’a pas été fait. Des hôpitaux et d’autres services publics ont pu en profiter, et des vies ont été sauvées par cette action et d’autres.

Le Défi Michée nous propose quelques moyens très simples aujourd’hui aussi :

- signer la pétition du Défi Michée, pour donner plus de détermination à nos gouvernements, pour qu’ils voient qu’il y a des citoyens, des contribuables, des électeurs, qui veulent qu’ils agissent avec beaucoup plus de fermeté : http://www.defimichee.fr et soutenir cette campagne par nos prières et nos dons.

- utiliser notre vote, au lieu de nous abstenir lâchement, même si vous pensez seulement élire les « moins mauvais », et peut-être dans le meilleur des cas pour élire des personnes qui ont une conscience sociale

- et n’oublions pas qu’il y va de notre propre comportement personnel aussi …. Signer une pétition, participer à une manifestation, sont de bonnes actions quand la cause est juste, comme celle-ci l’est. Ce sont des actions ponctuelles qui peuvent avoir leur effet. Mais ce qui compte le plus, à côté de nos prières, c’est un style de vie qui tranche avec celui de la société qui nous entoure. Un style de vie transparent, où notre oui est un oui, où on peut compter sur nous et sur notre parole et notre honnêteté, et où nous reflétons, très imparfaitement, mais d’une manière quand même certaine, le caractère de Dieu autour de nous. Et nous avons besoin de sa Parole et son Saint-Esprit pour cela. Soyez saints, dit Dieu, car je suis saint, moi l’Éternel votre Dieu.

David Boydell, Massy le 20 octobre 2013

Tags: , , , , , , ,