Prédication donnée par Arnaud Jeuch à Massy, dimanche 27 avril 2014

Beaucoup d’entre nous connaissent par cœur ce passage de l’Epitre aux Éphésiens :

« Car c’est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est un don de Dieu ; ce n’est pas le fruit d’œuvres que vous auriez accomplies. Personne n’a donc de raison de se vanter.

Ce que nous sommes, nous le devons à Dieu ; car par notre union avec le Christ, Jésus, Dieu nous a créés pour une vie riche d’œuvres bonnes qu’il a préparées à l’avance afin que nous les accomplissions ». (Eph 2:8-10 bible du Semeur)

Quels sont ces œuvres bonnes ?

Dans beaucoup de domaines, pour savoir quoi faire, l’essentiel c’est de commencer par se poser les bonnes questions.

Notre réflexion va reposer sur les quatre premiers versets de Néhémie :

« Histoire de Néhémie, fils de Hakalia. La vingtième année du règne d’Artaxerxès, au mois de Kislev, je me trouvais dans la citadelle de Suse.

Hanani, l’un de mes parents, arriva avec un groupe d’hommes de Juda. Je leur demandai des nouvelles du reste des Juifs revenus d’exil, et de Jérusalem.

Ils me répondirent : -Ceux qui ont survécu à la captivité et qui vivent dans la province de Juda se trouvent dans une grande misère et dans une situation très humiliante ; il y a des brèches dans la muraille de Jérusalem et ses portes ont été détruites par le feu.

Lorsque j’entendis ces nouvelles, je m’assis et me mis à pleurer. Pendant plusieurs jours, je restai abattu. Je jeûnai et je priai constamment devant le Dieu du ciel. » (Neh 1:1-4 SEM)

Pour commencer, le premier verset nous donne une date très précise. Dans notre calendrier cela correspond au mois de novembre-décembre du l’année 446 av. JC. Et nous sommes dans la capitale de l’empire perse.

Cela nous impose de considérer le contexte historique :

Au 15e siècle avant notre ère, Dieu, après avoir fait sortir son peuple de la servitude du pharaon, a donné la loi par l’intermédiaire de son serviteur Moïse. Dans cette loi, Dieu met en garde le peuple à plusieurs reprises que s’il ne reste pas fidèle à ses commandements, il sera déporté par des puissances étrangères.

Le reste de l’histoire, notamment le livre des Rois, nous raconte la décadence progressive du peuple. En 605 av. JC, Nabuchodonosor, roi de Babylone défait le royaume de Juda et déporte une grande partie de la population (2R24). Apres un dernier soulèvement en 586 av. JC Jérusalem et le temple sont détruits (2R25). C’est la période de l’Exil.

Mais comme l’avait annoncé la loi et rappelé les prophètes, Dieu n’a pas oublié son alliance avec son peuple. Dieu va délivrer son peuple de la captivité de l’Exil comme Il l’a délivré de la captivité d’Egypte.

En 538, l’empire Babylonien tombe et c’est l’empire Perse qui lui succède pour la domination de cette partie du monde.

Cyrus, l’empereur de Perse, a une toute autre politique concernant les peuples assujettis. Au lieu de les déporter et de détruire leurs lieux de culte, il va les encourager à les rebâtir et renvoie les populations dans leurs régions d’origines. Cela lui assure une relative paix sociale et un soutien des peuples soumis. Cet empire est presque un état laïc dans la mesure où il laisse une liberté de culte.

Après diverses péripéties, que l’on peut lire dans le livre d’Esdras qui précède le livre de Néhémie et forme un ensemble avec celui-ci, le temple est rebâti en 516 av. JC soit 71 ans avant notre histoire.

Cela devait marquer la fin de l’Exil.

Alors que tout devrait s’arranger, les nouvelles ne sont pas si bonnes…

Au verset 2, Néhémie demande à un parent des nouvelles, cet entretien est résumé par une question double et une réponse qui reprend les deux interrogations.

1/ qu’en est il du peuple revenu d’Exil ?

« Ils sont dans une grande misère et une situation humiliante » une traduction plus proche du texte parle de « malheur » et « déshonneur » (NBS)

Ces deux termes décrivent très souvent la situation de l’Exil. Mais l’Exil est sensé être fini : cela fait 97 ans qu’’ils sont revenu et 71ans que le temple est reconstruit.

Jérémie, un prophète qui exerce pendant l’Exil à pourtant déclaré lorsqu’il annonçait le retour d’Exil :

« Car voici ce que déclare l’Eternel : C’est seulement au bout des soixante-dix années allouées à Babylone que j’interviendrai en votre faveur pour accomplir la promesse que je vous ai faite de vous faire revenir dans ce pays.

Car moi je connais les projets que j’ai conçus en votre faveur, déclare l’Eternel : ce sont des projets de paix et non de malheur, afin de vous assurer un avenir plein d’espérance. » (Jer 29:10-11 bible du Semeur)

Le peuple n’est donc pas dans la situation du retour d’Exil, il n’est pas encore revenu d’Exil.

Ils sont comme exilés, captifs, à domicile.

Pourquoi ? C’est tout le sens de la deuxième question :

2/ qu’en est il de Jérusalem ?

« Les murailles ont des brèches et les portes sont brulées »

Alors que faire des promesses lointaines de Joël et maintes fois renouvelées :

« En ces jours-là, en ce temps-là, quand je rétablirai la situation de Juda et de Jérusalem, […]

le ciel et la terre tremblent. Mais le SEIGNEUR est un abri pour son peuple, une forteresse pour les Israélites.

Ainsi vous saurez que je suis le SEIGNEUR (YHWH), votre Dieu, et que je demeure à Sion, ma montagne sacrée. Jérusalem sera sacrée, et les étrangers (nb : les envahisseurs) n’y passeront plus. » (Jl 4:1, 16b-17 NBS)

Sans murailles et sans portes, comment Jérusalem pourrait-elle être un refuge ?

Néhémie en posant les bonnes questions comprend que 1/ l’Exil n’est pas tout à fait terminé. 2/ ce qu’il reste à faire pour achever cette période, c’est rebâtir Jérusalem pour qu’elle soit à nouveau un refuge pour le peuple.

La problématique et le plan d’action sont bien posés. Néhémie sait ce qu’il reste à faire.

Nous verrons dans la suite du livre ce qu’il va faire pour y parvenir, comment Dieu rendra les choses favorables et aussi toutes les difficultés qu’il va rencontrer.

La pertinence de Néhémie, c’est d’avoir discerné les différences entre ce que Dieu a promis, le plan de Dieu pour son peuple, et la réalité des faits. Et la suite du texte le montre, puisque dans sa prière, il fait un résumé des prophètes : (v.8)

« Souviens-toi cependant de la parole que Moïse nous a adressée de ta part: ‹Si vous ne me restez pas fidèles, je vous disperserai parmi les nations étrangères.

Mais si, par la suite, vous revenez à moi et prenez bien soin de mettre en pratique mes commandements, j’irai vous chercher et je vous ramènerai à l’endroit que j’ai choisi pour y manifester ma présence, même si vous êtes alors en exil aux extrémités de la terre. » (Neh 1:8-9 BFC)

Et cela va le mettre en action. Néhémie choisira de rentrer dans le plan de Dieu pour son peuple pour accomplir les œuvres bonnes qu’il avait préparé d’avance pour lui (celles annoncées par les prophètes)

Et pour nous ?

Déjà il faut rappeler que l’Exil dans l’ancienne alliance c’est la conséquence du péché, c’est la séparation de Dieu manifesté par un éloignement géographique.

Le vrai retour d’Exil, c’est celui que le Christ a conduit dans nos vies pour nous arracher de la captivité du péché et qui nous permet de nous approcher du Père.

Le temple de la nouvelle alliance c’est le Christ. L’heure est venu où ce n’est plus sur une montage ou à Jérusalem que nous adorons le Père, mais en esprit et en vérité.

Mais parfois est-ce que, nous aussi, on se satisfait de ce petit retour d’exil ? de cet exil à domicile ?

Dans notre société laïque nous avons la liberté de culte, on nous dit que l’on peut croire ce que l’on veut tant que cela reste dans la sphère du privé. Est-ce que notre foi est juste personnelle ou est-ce que nous manifestons la souveraineté de Dieu dans nos vies, et cela ce voit ?

Est-ce que nous nous contentons du salut comme le peuple s’est contenté du retour de Babylone ou est ce que nous suivons les enseignements du Christ, nous cherchons à faire sa volonté, pour aller au bout du chemin qu’Il nous a ouvert ?

Est ce que nous vivons notre vie chrétienne plus que le dimanche matin, sommes nous des ouvriers de Dieu. Ou est-ce qu’on se contente du plaisir que nous procure le culte, mais finalement on ne sert que de chauffe chaise… ?

Est ce que nous ne nous sommes pas arrêtés trop tôt de bâtir les murailles du royaume de Dieu ?

Où en sommes nous ? Que nous reste-t-il à faire ?

Dans notre Eglise un chantier est en œuvre. Il y a un an, nous avons eu une visite fédérative. Elle nous a permis, en Eglise, de discerner où nous en sommes. Nous avons ensuite bâtit un projet d’église issu d’une réflexion commune pour déterminer aussi ce qu’il reste à faire. Ne restons pas dans un exil à domicile, bâtissons cette Eglise de Massy ensemble.

Que ce livre de Néhémie nous aide à voir comment nous travaillerons ensemble aux œuvres que Dieu a préparé d’avance pour Massy.

Et dans nos vies ? Comme Néhémie, posons nous les bonnes questions :

1/ Où en sommes-nous dans le plan de Dieu ? 2/Que reste-t-il à faire ?

Cela impose de connaitre Ses plans. De lire la bible. Dans sa prière, nous avons vu que Néhémie connaissait parfaitement les prophètes, et donc, les plans de Dieu pour son peuple. Est-ce que nous connaissons notre bible ?

Ensuite, quand je lis les enseignements du Christ et des apôtres, comme le sermon sur la montage ou les fruits de l’Esprit, est-ce que je me demande où j’en suis et ce qu’il me reste à faire ?

Je vois bien qu’en ce qui concerne l’amour, la confiance en Dieu, la patience, la bonté, tenir sa langue… et tant d’autres choses, je vois bien qu’il me reste des choses à faire.

Et comme Néhémie pleure sur le péché de son peuple et rappelle les promesses, je pleure sur mon péché et je me rappelle les promesses du Christ qui nous a sauvés par grâce et qui par son esprit nous rend capable de faire ces bonnes œuvres qu’il nous a préparées.

Que Dieu nous vienne en aide pour discerner le chemin qu’il nous reste à parcourir pour que notre salut ne soit pas vain !