Prédication donnée par C.Jeuch à Massy le 21 juin 2015.

Sans entrer dans la série des quatre prédications prévues sur la fragilité humaine, mais pour rester sur ce thème, je vous invite à méditer un texte de l’évangile selon Marc : Quatre amis qui portent un paralysé devant Jésus pour qu’il soit guéri.

Comme le disait notre pasteur Simon en présentant cette série, “au cœur de notre condition humaine, de nos vies abîmées, se trouve une certaine fragilité. Des épreuves personnelles, familiales, sociétales peuvent faire basculer nos vies dans la maladie”, et nous avons entendu les très beaux témoignages de Anne et Jérôme, sur la façon dont Jésus guérit encore aujourd’hui. Mais Simon poursuit son introduction en disant que “ces épreuves personnelles, familiales, sociétales peuvent aussi faire plonger nos esprits dans des prisons mortifères” et il me semble que le texte de ce matin illustre cet aspect-là.

Oui, dans les épreuves, notre foi peut être bousculée, le doute peut s’installer et nous réduire à l’impuissance, mais dans ces instants sombres, notre foi peut aussi s’affermir, ou renaître, par le soutien de la communion fraternelle. Alors le Christ surgit et fait resplendir sa lumière au plus profond de nous-mêmes.

I. ) Marc 2:1- 5

“Jésus se rendit de nouveau à Capernaüm. On apprit qu’il était à la maison.

2 Une foule s’y rassembla si nombreuse qu’il ne restait plus de place, pas même devant la porte; et Jésus leur annonçait le message de Dieu.

3 On lui amena un paralysé porté par quatre hommes.

4 Mais ils ne purent pas le transporter jusqu’à Jésus, à cause de la foule. Alors ils montèrent sur le toit en terrasse, défirent la toiture de la maison au-dessus de l’endroit où se trouvait Jésus et, par cette ouverture, firent glisser le brancard sur lequel le paralysé était couché.

5 Lorsqu’il vit quelle foi ces hommes avaient en lui, Jésus dit au paralysé: —Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés.”

La première des choses que Marc veut pointer dans ce récit c’est la foi, la détermination de ces cinq hommes : le malade, qui se laisse porter et les quatre amis qui le portent.

Ce récit est là pour nous encourager à avoir la même sorte de foi que ces cinq hommes.

Jésus est dans une maison, à Capernaüm, probablement la maison de Pierre où il a pris l’habitude de résider. Toutes les issues sont bloquées par la foule venue écouter Jésus prêcher le Royaume de Dieu. Impossible d’entrer. Mais cinq hommes sont déterminés à atteindre Jésus.

Réalisons bien que Jésus, aujourd’hui encore, est prêt à répondre aux besoins de ceux qui crient à lui. Si leur désir profond est de réclamer son secours, Il répond, en dépit du fait qu’il faille chambouler le programme !!    Qu’ils sont beaux ces moments où l’Esprit de Dieu ignore le programme et pousse des hommes à agir !

L’enseignement que donne Jésus est  donc interrompu par la descente de cet homme sur sa civière depuis le toit. C’est là une belle illustration de cette parole de Jésus rapportée par Matthieu 11:12 ”depuis l’époque où Jean-Baptiste a paru jusqu’à maintenant, le royaume des cieux se force un passage avec violence et ce sont les violents qui s’en emparent”. Ce verset  de Matthieu laisse beaucoup de personnes perplexes, mais Jésus est simplement en train de dire : “je donne le salut à celui qui réellement veut le salut”. Dans notre récit, ces hommes sont venus “violemment“, prêts  en quelque sorte à “prendre de force” ce qu’ils savaient que Jésus allait leur donner. C’est la vigueur de la foi en Jésus de ces hommes — qui osent interrompre cette réunion — qui est mise en exergue dans ce récit. Et je la décline en trois points.

1) C’est la foi qui ose faire ce qui est difficile : pour les quatre amis, ce n’était pas facile de transporter cet homme jusque là, de jouer des coudes dans la foule, de grimper sur le toit en hissant une civière …

La foi qui ose faire ce qui est difficile et qui va jusqu’au bout.

2) C’est aussi la foi qui ose faire ce qui ne se fait pas, qui ose un peu de folie : faire un trou dans le toit, quelle audace ! Ce n’est pas une manière très orthodoxe pour pénétrer dans une maison! L’audace de leur foi leur permet de passer par-dessus le fait d’être désapprouvés par les bien-pensants. Remarquez que Jésus n’a pas un mot de reproche, mais au contraire, il les accueille et loue leur foi.

Une foi qui ose ce qui est difficile, une foi qui ose un peu de folie, qui a de l’audace.

3) Et enfin, c’est la foi qui ose faire quelque chose qui va sans doute coûter quelques billets à ces hommes : la destruction du bien d’autrui était très bien codifiée par la loi au temps de Jésus : il leur faudra rembourser les réparations ou réparer les dégâts !  Transporter leur ami leur a déjà coûté du temps, de l’énergie.  En prenant la décision de dégrader le toit, ils savent qu’ils devront en plus mettre la main au porte-monnaie.

La foi qui ose amener une personne à Christ se fait souvent dans la joie et parfois aussi dans les difficultés, l’opposition, au milieu d’obstacles.

La foi qui ose, peut nous faire montrer du doigt par les bien-pensants, mais qu’importe…

La foi qui ose, peut aussi parfois nous coûter cher financièrement, et là aussi qu’importe…

Oser la foi, quoiqu’il en coûte, pour aider une personne à s’approcher de Christ,   cela  réjouit le cœur de  Dieu.

Dans notre récit, Jésus est émerveillé par la foi de ces hommes : v.5 “lorsque Jésus vit quelle foi ces hommes avaient en lui, il dit au paralysé : — Mon enfant, tes péchés sont pardonnés.”

II.)  Marc 2:6-12

“6 Or, il y avait, assis là, quelques spécialistes de la Loi qui raisonnaient ainsi en eux-mêmes:

7 — Comment cet homme ose-t-il parler ainsi? Il blasphème! Qui peut pardonner les péchés si ce n’est Dieu seul?

8 Jésus sut aussitôt, en son esprit, les raisonnements qu’ils se faisaient en eux-mêmes; il leur dit: — Pourquoi raisonnez-vous ainsi en vous-mêmes?

9 Qu’y a-t-il de plus facile: dire au paralysé: «Tes péchés te sont pardonnés», ou bien: «Lève-toi, prends ton brancard et marche»?

10 Eh bien, vous saurez que le Fils de l’homme a, sur la terre, le pouvoir de pardonner les péchés.

11 Alors il déclara au paralysé: — Je te l’ordonne: lève-toi, prends ton brancard, et rentre chez toi.

12 Aussitôt, cet homme se leva, prit son brancard, et sortit devant tout le monde. Tous en furent stupéfaits et rendirent gloire à Dieu en disant: — Nous n’avons jamais rien vu de pareil!”

Jésus sait que ces paroles, “tes péchés te sont pardonnés”, vont choquer, mais par elles, il travaille sur deux  axes : guérir le paralysé ; révéler son autorité en tant que Messie.

1) N’oublions jamais : l’individu, la personne a une immense valeur aux yeux de Christ. Là, dans notre récit, Jésus stoppe tout pour s’occuper d’un seul.

- D’abord, soyons bien clairs et redisons-le : la maladie n’est pas toujours la conséquence d’un péché. Comme l’a si bien dit David Boydell il y a 15 jours suite au récit de guérison de Jérôme, il y a suffisamment de textes dans la bible qui le disent. Maladie = obligatoirement péché, c’est faux !

- Mais, nous le savons tous, et la médecine le corrobore, un malaise intérieur peut provoquer des séquelles physiques (maladies psychosomatiques). C’était probablement le cas de cet homme chez qui Jésus distingue le besoin d’abord d’une guérison intérieure. En lui annonçant le pardon, il lui dit avoir entendu son mal être : c’était peut-être une lourde faute, une culpabilité écrasante, un manque de pardon, un esprit amer, … que sais-je encore, mais cela lui pesait tellement que ça le paralysait.

Jésus met le doigt là où il faut et commence par le bon bout. Il libère cet homme de son mal à la racine, il le libère de ses chaînes, il enlève son péché. L’homme a dû parfaitement comprendre et sentir ce que Jésus était entrain d’arracher du plus profond de son être.

Mon ami(e), Jésus est le même éternellement;  ici et maintenant, il pardonne celui qui, par la foi, ose saisir le pardon offert. Toi aussi, il peut te libérer du fardeau qui te paralyse.

2) Mais voilà, les religieux sont perturbés et le Seigneur les comprend. Il ne les  condamne pas, mais il leur pose un défi : si sa parole seule peut agir sur une personne physique, apporter la guérison totale et immédiate, c’est que cette autorité, ce pouvoir ne sont pas humains. Et donc que son autorité à annoncer le pardon n’est pas humaine, mais divine. En se présentant comme “le fils de l’homme”, Jésus se révèle d’une manière un peu voilée au peuple, mais d’une manière claire pour les religieux qui savent, eux, par les textes des prophètes, que ce titre est, certes peu utilisé pour désigner le Christ, mais existe bel et bien (voir les prophètes Daniel et Ézéchiel),  et que l’annonce du pardon des péchés est une bénédiction associée au règne messianique (voir les prophètes Ésaïe, Jérémie, Ézéchiel).

Notre paralysé, lui, entend la parole de Jésus. Cela lui suffit : il ose se lever, il prend son brancard et sort devant tout le monde. Il reçoit la guérison et confirme ainsi l’autorité de Jésus à pardonner.  Sa guérison physique devient une illustration de sa guérison intérieure.

La conclusion, c’est la foule qui la donne : “nous n’avons jamais rien vu de pareil”.

Elle ne fait pas allusion à la guérison physique car elle a déjà vu des miracles opérés par Jésus, et beaucoup !  Le chapitre précédent en fourmille. Marc 1:32-34 rapporte des faits qui ont eu lieu dans cette même ville de Capernaüm: 32 Le soir, après le coucher du soleil, on lui amena tous les malades et tous ceux qui étaient sous l’emprise de démons.

33 La ville entière se pressait devant la porte de la maison.

34 Il guérit beaucoup de personnes atteintes de diverses maladies. Il chassa aussi beaucoup de démons … ”

Donc, ce qui étonne la foule, c’est comment Jésus a guéri cet homme de ce qui le paralysait de l’intérieur par le pardon annoncé. C’est bien l’annonce du pardon qui différencie ce miracle des autres et qui émerveille la foule.

Nous voulons tous  avoir une vie épanouie, nous aimerions pouvoir faire face à la vie avec assurance, confiance, nous cherchons tous à nous libérer de tourments et de tensions intérieurs par des tas d’artifices, et cela peut marcher un temps.

Et puis, un jour, nous nous retrouvons dans une situation personnelle, familiale, sociétale  qui peut  faire plonger notre esprit dans des prisons mortifères, (je cite Simon) ou comme l’homme de notre récit, nous faire plonger dans une paralysie totale à cause de la culpabilité enfouie qui brouille nos relations,  ou la peur de la vérité sur nous-mêmes, ou la tendance à minimiser ce qui devrait être dénoncé, ou la peur de blesser l’autre et de perdre la relation… et nous acceptons de vivre dans le non-dit, le demi mensonge, les compromis.  La liste est longue, à chacun de la continuer. Oh ! Nous élevons des tas de défenses ou excuses pour ne pas nous voir tels que nous sommes, ou voir la réalité des choses. Peu à peu, nous sommes comme phagocytés par ces choses, ou paralysés par elles.

Mais quand nous nous tournons vers Jésus et réalisons que nous n’avons pas d’autre moyen d’en sortir, le Seigneur nous annonce son pardon et met en lumière notre péché. Quelle libération ! Pouvoir regarder en face la vérité sur nous-mêmes — pas belle à voir –  mais pouvoir la regarder parce que l’on se sait pardonné, aimé, quelle libération !  On peut alors, comme l’homme de notre récit, se lever, tourner le dos aux vieilles habitudes et repartir sur un nouveau chemin de Lumière et de Vérité.

Ce matin le Seigneur nous dit “— Mon enfant, tes péchés te sont pardonnés.”

Il peut le dire car il est venu dans ce monde pour prendre sur lui notre péché ; nous libérer de nos péchés de tous les jours, les péchés qu’en bons chrétiens nous traînons encore.  Sur la croix, il a accompli notre salut, il nous offre son pardon. Et cela ne s’arrête pas là : Lui qui est la Vérité qui affranchit, Lui qui est la Vérité et la Vie, il nous donne une vie nouvelle dans la Vérité qui libère.

Nous allons maintenant prendre la Cène, nous souvenir ensemble de sa mort et de sa résurrection. Il a pris sur lui nos péchés, il s’est chargé de toutes ces maladies intérieures qui nous rongent, et par ses meurtrissures nous sommes guéris.

Soyons dans la reconnaissance et sans crainte devant notre Dieu qui nous accueille tels que nous sommes et nous guérit. Soyons dans la joie : le Seigneur nous dit : “lève-toi, prends ton lit, tourne le dos à ton ancienne manière de vivre et va dans ta maison, retourne vers les tiens, transformé, libéré.”