Conférence donnée par Christine Kling à Massy le 12 février 2017.

Sujet tabou ou sujet à controverse, même si l’intérêt pour la politique a bien diminué ces dernières années, la politique reste en France, peut-être plus que dans bien d’autres pays, en-dehors peut-être de l’Inde, un de nos sujets de discussion et de débats favori.
La France est fière d’être un pays doté d’une longue histoire et expérience de l’exercice de la démocratie, favorisant liberté d’expression et pluralisme des partis politiques.

Mais commençons tout d’abord par tenter de donner une définition du mot politique.
Politique vient du grec polis, et signifie la gestion de la cité. La Grèce antique en avait fait une philosophie : la science du gouvernement de la cité.
Platon – la république et la cité idéale -, Aristote pour ne citer que les philosophes les plus connus de l’antiquité l’avaient élevée au titre de science souveraine et notre culture française a continué dans cette tradition avec des philosophes comme Rousseau, Montesquieu, Montaigne, etc. philosophes dont les écrits en dénonçant les despotismes et les corruptions de tout ordre furent d’une grande influence sur les révolutionnaires de la révolution de 1789.

Mais la politique n’est pas qu’une philosophie parfois élevée d’ailleurs à un statut quasi religieux mais c’est surtout pour ce qui nous concerne l’organisation du pouvoir dans l’Etat afin justement de gérer la cité ou nous dirons la société. Cette organisation implique donc la création d’institution et le choix de responsables à leur tête.

En tant que citoyens français notre quotidien dépend de bon nombre d’institutions et de leur bon ou mauvais fonctionnement : éducation, santé, retraite, justice, transports, sécurité et défense, relations extérieures et diplomatie, pour ne citer que certaines des grandes institutions qui font partie de notre quotidien : sans politique des transports, point de RER pour aller travailler ; sans politique de la famille : point de crèche, école pour l’éducation des enfants ; sans politique de protection sociale : point de soins médicaux en cas de maladie, de retraite pour les plus âgés ; sans relations extérieures : point de partenariats et d’échanges entre pays favorisant partage des savoirs, libre circulation des personnes, mais aussi développement économique ; sans politique de défense et de sécurité : point de protection contre les violences de toute sorte et de possible paix internationale entre nations.

La politique est donc et surtout comment organiser la vie en société et en tant que Chrétiens c’est un sujet sur lequel nous devons nous sentir concernés.

En effet dès la Genèse, le premier livre de la Bible, et la création de l’univers, puis de la terre et enfin de l’humanité, Dieu nous révèle sa vision de la vie en société : une vie vécue à la fois dans une relation de totale confiance avec Dieu et dans une relation de respect et d’amour mutuel entre des individus différents mais égaux, ayant chacun leur rôle à jouer pour le développement d’une société harmonieuse et respectueuse de toute la création.

Mais avec la chute, de nouvelles formes d’organisations politiques font jour, souvent caractérisées par des désirs de domination, d’hégémonie raciale, la recherche de richesse et de pouvoir de plus en plus grand, impliquant l’exploitation économique des plus faibles, l’esclavagisme, les persécutions et enfin une idolâtrie qui trouve son expression dans des pratiques religieuses si violentes que même encore aujourd’hui elles nous feraient frémir d’horreur.

Dans ce contexte, Dieu, qui toujours et encore cherche à sauver sa création, choisit un peuple Israël, pour cette mission, le libère de l’esclavage, lui donne de nouveaux responsables : politiques et religieux et peu à peu préparent ce peuple à vivre selon une organisation sociale différente des autres peuples lui donnant les 10 commandements ou ce que Jésus résumera en Matthieu 22 :37-39 par la double commande : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence. C’est là le grand commandement, le premier. Un second cependant lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

A une politique de domination : domination économique, raciale, patriarcale et de violences Dieu répond par une politique sociale et économique favorisant équité, compassion, solidarité et fidélité en un seul Dieu :
Michée 6 : 8 Il t’a fait connaître, ô humain, ce qui est bon ; et qu’est-ce que le SEIGNEUR réclame de toi, si ce n’est que tu agisses selon l’équité, que tu aimes la fidélité, et que tu marches modestement avec ton Dieu ?
La mission d’Israël est d’être cette nation unique vivant sous le règne de Dieu, dont le témoignage attirera toutes les autres nations à la montagne du Seigneur Esaïe 25:6-7

Le Seigneur des armées célestes préparera lui-même
pour tous les peuples là, sur cette montagne,
un festin de vins vieux,
et de mets succulents,
des mets tout pleins de moelle
arrosées de vins vieux et dûment clarifiés.
7 Et il déchirera là, sur cette montagne,
le voile de tristesse qui couvre tous les peuples,
la couverture recouvrant toutes les nations.

Nous connaissons la suite de l’histoire. Israël ne sut vivre sous ce règne de Dieu et devint peu à peu une nation comme les autres nations, corrompu par les mêmes désirs de domination, pouvoir, division, individualisme, rejet et abandon des plus faibles, violence et idolâtrie, s’éloignant peu à peu de Dieu.

Rois corrompus et idolâtres, divisions, occupation, exils, Jésus naquit dans un royaume défunt et maintenant occupé par l’empire Romain, un contexte politique d’oppression, de violence et de corruption.
Rappelons-nous la naissance de Jésus. La province où nait Jésus est sous l’autorité politique d’Hérode qui suite à la visite des mages et l’annonce d’un nouveau roi – même s’il ne s’agit que d’un nouveau-né – décide de l’extermination de tous les enfants de 2 ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans son territoire – tâche sans doute facilitée par le recensement qui avait justement été effectué. (Luc 2 :1)

Cet acte d’extermination raciale n’est pas sans nous rappeler d’autres actions plus contemporaines.
La naissance de Jésus est donc dès le début perçue comme politiquement dangereuse, capable de déstabiliser les pouvoirs politiques en place en confirmant l’espoir de certains juifs radicaux, rebellés contre Rome, de l’arrivée potentielle d’un nouveau Roi pour les juifs.

La naissance de Jésus a donc une dimension politique – comme le dit J Moltmann « le chemin de croix de Jésus fut d’ailleurs un chemin jonché de conflits avec les responsables religieux et politiques de l’époque qui virent dans son enseignement, son ministère et dans son existence-même un danger. »

Mais la mission de Jésus est autre et Jésus vas surtout redéfinir notre relation aux pouvoirs – pouvoirs au pluriel, ceux qui nous aliènent et souvent nous aveuglent – redéfinir la notion de royaume ou gouvernement et redéfinir notre relation à l’autre et ce que cela implique pour notre vie de citoyen.

Pour comprendre ces trois aspects – ces trois redéfinitions – nous allons relire ensemble trois textes de l’évangile de Luc.

Jésus et les pouvoirs : la tentation dans le désert

Tous les évangiles rapportent la même série d’événements avant que Jésus ne débute sa mission : Jésus est baptisé - soit appointé par Dieu - puis équipé avec l’Esprit-Saint avant d’être envoyé dans le désert pendant 40 jours.

Luc 4 :1-13
Jésus mis à l’épreuve par le diable
1 Jésus, rempli d’Esprit saint, revint du Jourdain et fut conduit par l’Esprit au désert, où il fut mis à l’épreuve par le diable pendant quarante jours. Il ne mangea rien durant ces jours-là et, quand ils furent achevés, il eut faim.
Alors le diable lui dit : Si tu es Fils de Dieu, dis à cette pierre de devenir du pain.
Jésus lui répondit : Il est écrit : L’être humain ne vivra pas de pain seulement.
Le diable le conduisit plus haut, lui montra en un instant tous les royaumes de la terre habitée et lui dit : Je te donnerai toute l’autorité et la gloire de ces royaumes ; car elle m’a été livrée, et je la donne à qui je veux.
Si donc tu te prosternes devant moi, elle sera toute à toi.
Jésus lui répondit : Il est écrit : C’est devant le Seigneur, ton Dieu, que tu te prosterneras, et c’est à lui seul que tu rendras un culte.
Le diable le conduisit encore à Jérusalem, le plaça sur le haut du temple et lui dit : Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas ; car il est écrit : Il donnera à ses anges des ordres à ton sujet, afin qu’ils te gardent ; et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.
Jésus lui répondit : Il est dit : Tu ne provoqueras pas le Seigneur, ton Dieu.
Après avoir achevé de le mettre à l’épreuve, le diable s’éloigna de lui pour un temps.

Question : identifier les trois tentations, et comment Jésus répond-il ?

  • Première tentation : la faim ; Jésus refuse d’abuser de son pouvoir divin, il ne succombe pas à cette tentation égoïste au profit de la solidarité : Jésus a faim au même titre que des millions de personnes dans le monde ont faim. Jésus affirme ici sa totale humanité – il s’est fait esclave Phil 2 :5-11 - et à ce titre sa solidarité avec les plus démunis.
  • Deuxième tentation : la tentation d’un empire politique. Le diable invite Jésus à utiliser son pouvoir pour établir un empire à l’image des empires du monde de l’époque faits de domination, d’exclusion et de violence. Jésus refuse de choisir cette voie – qui n’est d’autre que celle de l’idolâtrie – pour choisir la voie de Dieu.
  • Troisième tentation : la tentation de manipuler Dieu. En se jetant en haut du temple, Jésus aurait donné aux gens le type de messie qu’ils attendaient, le signe de la délivrance religieuse, politique et militaire que le peuple attendait, une délivrance qui en fait subordonnerait Dieu à leurs propres désirs, manipulerait ainsi Dieu. La libération du peuple est proche mais cette libération passera par la croix non pas par un putsch militaire – la croix : un acte de non-violence et d’amour exprimée au travers une mort violente et déshumanisante à l’image des pouvoirs en place.

Jésus et le royaume :

Suite aux 40 jours dans le désert, le premier acte de Jésus dans Luc est de se rendre à la synagogue – c’est le jour du sabbat – et d’enseigner voire prêcher la parole de Dieu.
Ce passage de Luc 4 :18- 19 est aussi appelé le Manifeste de Jésus car il décrit le programme d’action de Dieu, en quoi va consister cette bonne nouvelle que Jésus est venu proclamer et incarner.

Luc 4: 18-19
L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le retour à la vue, pour renvoyer libres les opprimés,
pour proclamer une année d’accueil de la part du Seigneur.

Question : tournez-vous vers votre voisin et ensemble essayez d’identifier certaines des caractéristiques de ce manifeste.

  • Bonne nouvelle pour les pauvres : solidarité et protection sociale, une préférence pour les plus démunis.
  • Délivrance : délivrer non seulement de nos péchés mais aussi de tout ce qui nous aliène et ainsi nous sépare de Dieu : libérer des oppressions économiques, des oppressions politiques, libérer des oppressions raciales, sociales, sexuelles etc. libérer aussi des idolâtries ainsi que des addictions de toute sorte.
  • Le retour à la vue: en dehors des guérisons que Jésus va accomplir, il y a également une référence à cette prophétie dans Esaïe 42 6-7

C’est moi le SEIGNEUR,
je t’ai appelé selon la justice,
je t’ai tenu par la main,
je t’ai mis en réserve et je t’ai destiné
à être l’alliance du peuple,
à être la lumière des nations,
à ouvrir les yeux aveuglés,
à tirer du cachot le prisonnier,
de la maison d’arrêt, les habitants des ténèbres

Jésus est la lumière du monde, celui qui nous guide sur le chemin de la réconciliation au Père et nous invite à le suivre afin d’être nous aussi sel et lumière dans le monde qui nous entoure.

  • Une année d’accueil : on se rappellera Lévitique 25 qui instaurait l’année sabbatique - le repos de la terre pour une agriculture raisonnée - et l’année du jubilé l’effacement des dettes : un cadre économique et sociale équitable.

Le Royaume – cette bonne nouvelle de Jésus– était la conception d’une société à l’organisation complètement opposée de celle de l’empire Romain et ceci est encore vrai vis-à-vis de nombreuses organisations politiques contemporaines.

On parle souvent de royaume à l’envers pour parler du Royaume de Dieu, tant les valeurs semblent être à l’opposé de celles du monde : service et non domination, pardon et non blâme/dispute, réconciliation et non séparation, intégration de tous et non exclusion, humilité et non pas vanité, solidarité et non pas individualisme, action et non passivité.

L’ultime but de ce Royaume est l’épanouissement de tout individu. Ce que l’on peut définir par :

  • bien conduire sa vie en pratiquant le respect et l’amour du prochain,
  • avoir une bonne vie ou autrement dit : vivre en paix,
  • Se sentir bien ou dit autrement : être heureux, rempli de joie.

La justice, la paix et la joie, c’est le programme social du Royaume de Dieu, le bien commun pour tous.

Notre réponse : quelle éthique sociale chrétienne ? qui est mon prochain ?

Le chrétien est appelé au Royaume de Dieu et ce Royaume de Dieu est déjà présent, là où est le Christ, là où est l’Esprit, mais il n’est pas encore pleinement réalisé.
L’Eglise, la communauté des disciples, en est déjà un avant-gout, elle doit être comme un panneau indicateur.

Le chrétien à la fois citoyen du Royaume et citoyen de ce monde est appelé à une sorte de double témoignage : dans et avec l’Eglise, et dans la vie civile. Mais s’il y a deux témoignages, l’inspiration est la même, celle du Christ.

Luc 10 : 25-37 – histoire du bon samaritain

Un spécialiste de la loi se leva et lui dit, pour le mettre à l’épreuve : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu’est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain, comme toi-même. Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras. Mais lui voulut se justifier et dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba aux mains de bandits qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent en le laissant à demi-mort. Par hasard, un prêtre descendait par le même chemin ; il le vit et passa à distance. Un lévite arriva de même à cet endroit ; il le vit et passa à distance. Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut ému lorsqu’il le vit. Il s’approcha et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le plaça sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il sortit deux deniers, les donna à l’hôtelier et dit : « Prends soin de lui, et ce que tu dépenseras en plus, je te le paierai moi-même à mon retour. »
Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé aux mains des bandits ? Il répondit : C’est celui qui a montré de la compassion envers lui. Jésus lui dit : Va, et toi aussi, fais de même.

Cette histoire avait pour but de tester Jésus : qui est mon prochain ? Ou nous pourrions reformuler jusqu’où doivent aller mon amour et ma solidarité avec les autres ? Quelles sont les limites de ce commandement d’amour ?

Question : quelles sont les limites de ce commandement d’amour ?

Jésus fait éclater la question de la limite. Il n’y a pas de limite. Il ne s’agit plus de savoir qui est mon prochain et qui ne l’est pas mais comment je peux être le prochain de celui – quel qu’il soit – qui est dans le besoin.
Donc inséparable de l’amour de Dieu, nous trouvons un amour du prochain qui est concret, courageux et qui ne connait pas de limites.

Dans son article : Les lignes directrices d’une éthique sociale chrétienne, Louis Schweitzer nous invite à un exercice d’imagination.
Imaginons que l’histoire continue. Le lendemain un autre voyageur se fait agresser mais n’a pas la chance de trouver ce bon samaritain qui, lui, a continué son voyage. Et de même quelques jours plus tard la même chose se produit. Que faire ? Si l’on veut suivre l’enseignement de Jésus et exercer cet amour concret, pratique et courageux ne faudra-t-il pas essayer de résoudre la question de manière plus large ? Nous passons alors de l’amour individuel à l’action sociale, voire politique.

La motivation profonde sera exactement la même mais cherchera à prévenir le problème plutôt qu’à soigner les plaies des voyageurs agressés.

L’action des chrétiens ne peut donc se limiter à la charité quand ce sont des changements sociaux structurels qui sont nécessaires pour assurer la dignité des personnes.

Conclusion : pour une foi publique en action, comment réfléchir avec soin, s’engager avec sagesse et voter avec intégrité ?

La foi Chrétienne repose sur un certain nombre de doctrines clés qui doivent guider notre vie de Chrétien non seulement dans l’Eglise mais aussi dans le monde, là où Dieu nous a placé.
Nous croyons que Dieu créa la personne humaine a son image, d’où notre égale dignité et nous avons été créé pour vivre en solidarité les uns avec les autres.

Nous croyons également que nous vivons dans un monde déchu, vivant dans le péché et que nous aussi sommes des pécheurs. Ceci doit nous rendre a la fois réaliste et humble vis-à-vis des imperfections de ce monde : ne recherchons pas parmi nos responsables politiques et partis politiques des idéaux qui n’existent pas.

Nous croyons en une justice sociale et équitable pour tous comme manifestée en Jésus. La justice est le minimum de l’amour et elle doit nous amener à avoir une attention particulière pour les plus faibles et les plus démunis.
Ayant été réconciliés avec Dieu, en Jésus, nous avons été sauvés pour réconcilier, afin que tout un chacun puisse vivre en paix, et dans le bien-être.

Enfin, nous sommes soucieux d’un monde et d’une création qui ont été créés pour le bienfait de tous et non pour une surexploitation par certains.
Nos sociétés sont désormais organisées en démocratie et non plus en empires ou royaumes isolés les uns des autres. Dans cette forme d’organisation de la vie civile à qui obéissons-nous, quels sont les réels agents pour les changements politiques et sociaux ? Dans une démocratie, c’est l’affaire de tous. Beaucoup d’entre nous vont pouvoir voter dans quelques mois, afin d’élire notre futur président. C’est une très grande responsabilité car au-delà des intérêts nationaux c’est du futur de l’Europe dont on parle, du futur des relations internationales et de la paix qui en découlera.

Alors comment réfléchir avec soin, s’engager avec sagesse et voter avec intégrité comme nous l’invite le théologien M Volf ? Et bien voici quelques pistes à partir de ce que nous avons partagé ce soir:

1. Comme Jésus sachons reconnaitre et repousser les tentations : celles de l’apathie et du cynisme – le « à quoi bon, tous les candidats sont les mêmes » etc. - et donc la tentation de nous désolidariser du monde qui nous entoure. Une autre tentation serait de nous laisser abuser, voir manipuler par les messages de politiques qui répondraient à certaines questions chrétiennes auxquelles nous sommes sensibles tout en prônant des politiques d’exclusion voire même suivant des valeurs bien éloignées de celles de l’Évangile.

2. Nous l’avons relu le Royaume de Dieu est paix, justice et joie. Le Royaume de Dieu accueille et protège les plus faibles, libère mais n’oppresse pas, ne divise pas mais unit, et est au bénéfice de tous dans l’amour et la compassion du prochain. Que ces valeurs nous guident dans nos choix, et dans nos lectures. Écoutons les projets des candidats avec un regard chrétien, lisons journaux, magazines divers dont ceux qui sont publiés par des organisations chrétiennes comme Regards Protestants, la Croix, La Vie, etc. avec toujours notre Bible à nos côtés et en la lisant dans l’orthodoxie et avec discernement.

3. Enfin soyons des Chrétiens qui exercent un amour concret, pratique et courageux. Voter c’est avoir la possibilité d’influencer pour le bien de tous, et le courage doit parfois aussi passer par l’action et la parole. Nous l’Eglise avons le devoir d’être sel et lumière et cela passe parfois par ce qu’on appelle la parole prophétique, dénoncer les pouvoirs comme Jésus le fit. Gardons en mémoire le silence et la passivité des Eglises en 1936 alors que tout était encore possible pour sauver des millions de juifs du pogrom.

4. J’ai déjà rappelé ce thème de la réconciliation qui est le thème de l’année 2017 dans notre fédération. Sur ce sujet de la politique qui tend vite à faire monter les esprits, dialoguons avec respect et amour les uns avec les autres, sachons pardonner et nous réconcilier afin que tous puissent vivre en paix.
Enfin même si nous vivons dans un monde complexe où règnent bureaucratisation et globalisation, ne perdons pas l’espoir dans la puissance de Dieu et dans son activité surprenante à révéler son royaume là où nous ne l’attendons pas et portons toutes choses dans la prière : que son règne vienne, que sa volonté advienne, sur la terre comme au ciel.

Bibliographie

• Charles L. Campbell, The Word Before the Powers: an ethic of preaching (Kentucky: John Knox Press, 2002)
• G. Cray, Disciples and Citizens: a vision for distinctive living (Nottingham: 2007, Inter-Varsity Press)
• Miroslav Volf, Public faith in action: How to Think Carefully, Engage Wisely, and Vote with Integrity (Grand Rapids : Brazo Press, 2016)
• Walter Wink, When the powers fall: Reconciliation in the Healing of Nations (Minneapolis: Augsburg Fortress, 1998)
• Cahiers de l’école pastorale (Croire publications) 4ème trimestre 2016
• Cahiers de l’école pastorale (Croire publications) 4ème trimestre 2010, Les lignes directrices d’une éthique sociale chrétienne
http://www.publicroire.com/cahiers-ecole-pastorale/action-sociale/article/les-lignes-directrices-d-une-ethique-sociale-chretienne
• La politique parlons-en (Croire publications) Cahiers de l’école pastorale, hors-série n°18