Culte de la Réformation du 26 octobre 2014
Prédication donnée par le pasteur P.Girardet à l’Eglise Luthérienne Saint-Marc de Massy

Jean 8 v.31-36
31 Jésus dit aux Juifs qui ont cru en lui : « Si vous restez fidèles à mes paroles, vous serez vraiment mes disciples. 32 Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. »
33 Ils lui disent : « Nous sommes de la famille d’Abraham et nous n’avons jamais été esclaves de personne. Comment peux–tu nous dire : “Vous deviendrez libres”? »
34 Jésus leur répond : « Oui, je vous le dis, c’est la vérité : tous ceux qui commettent des péchés sont esclaves du péché.
35 L’esclave ne reste pas toujours dans la famille. Le fils, lui, reste dans la famille pour toujours.
36 Donc si le Fils vous rend libres, vous serez vraiment libres.

Ce texte qui affirme que la liberté se trouve en Jésus, est bien connu. Il claque comme un slogan : « La vérité vous rendra libre ». Cependant quand nous y regardons d’un peu plus près, sa compréhension n’est pas aussi simple, voire simpliste que cela. Qu’est-ce que cela veut dire concrètement que : « le Fils vous rend vraiment libre ». Les auditeurs de Jésus, eux, n’ont pas tout à fait saisi immédiatement le sens des paroles de Jésus. Essayons de voir cela ensemble.

1. Les destinataires

Tout d’abord, à qui Jésus s’adresse-t-il ? Aux juifs qui ont cru en lui, c’est-à-dire à ceux de ses adversaires qui maintenant acceptent de le reconnaître comme le Messie. Dans leur conception première, le Messie est celui qui viendra les libérer de l’esclavage, à commencer par celui que les Romains leur font subir au moment même où Jésus parle.
Jésus ne se contente pas de savoir qu’il a maintenant des adhérents. Pour lui, cela ne suffit pas. Il veut les entraîner plus loin. Cela ne suffit pas de croire que Jésus est le Messie. Cela ne suffit pas de croire en Jésus et de réciter un crédo. La question qui nous rejoint aujourd’hui à travers les siècles : « qu’est-ce que cela change d’affirmer que je suis protestant, issu de la Réforme », surtout « qu’est-ce que cela change de croire en Jésus pour moi, aujourd’hui, dans ce monde où à chaque heure, on nous parle d’un drame, d’une guerre, d’inégalité, d’injustice, d’esclavage de l’argent ou de fous de dieu ? » C’est justement pour répondre à cette question que Jésus entraîne ces juifs, récemment convertis sur le thème de la famille de Dieu, espace spirituel de liberté.

2. La complexité des propositions

Il faut quand même reconnaître que les propositions de Jésus sont complexes.
Il est question de Parole : « si vous demeurez dans ma parole, vous connaîtrez la vérité et vous serez vraiment libre »

De quelle Parole s’agit-il? De la Sola Scriptura, chère à la réforme, la Parole de Dieu contenue dans la Bible ?

Il est question de la vérité, mais de quelle vérité s’agit-il ? Qui a la vérité ? L’histoire de l’Eglise montre bien et aujourd’hui encore ce que les hommes peuvent faire au nom de la vérité soi-disant révélée par Dieu et interprétée au bénéfice de groupe, de prophète, de prédicateurs qui enrôlent, excluent, jugent et finissent par tuer moralement en coupant les liens sociaux et parfois même tuent physiquement.

Il est question de liberté, mais de quelle liberté s’agit-il ? D’ailleurs les religieux visiblement n’ont pas bien compris et réagissent immédiatement. « Tu veux dire que nous ne sommes pas libre ? » Et hop, ils retournent à leur racine, à Abraham, en affirmant que puisqu’ils sont de la famille d’Abraham, ils n’ont jamais été esclaves. Et l’Egypte, et Babylone, et les Romains maintenant ? Ils ne pouvaient pas l’ignorer. Finalement, ils n’avaient peut-être pas si mal compris. Ils ont bien perçu que Jésus les entraînaient sur un autre registre.

Enfin pour compliquer encore les choses Jésus ajoutent que ceux qui commettent des péchés sont esclaves, que les esclaves ne restent pas dans la famille ; on ne peut y rester qu’avec le statut de fils ou de fille et que c’est le Fils, c’est-à-dire ici, le Fils de Dieu qui donne ce statut de liberté.
Jésus ne veut pas dire qu’il y a des bons et des pas bons. Il ne veut pas dire qu’il considère qu’il y a des croyants qui pèchent et d’autres pas ou que des hommes ou des femmes peuvent être esclaves de tel ou tel péché, alors que ceux qui sont fils ne pèchent plus. La différence entre esclave et fils ou fille ne se mesure pas à l’aune d’un règlement ou d’un code de morale. La différence, c’est une question de statut, car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu, dira Paul aux Romains.
En fait, il aurait fallu lire également les versets qui suivent. C’est comme si Jésus avait lancé un pavé dans l’eau et avançait dans sa démonstration au rythme des vagues.

3. La Famille ou le vivre ensemble

En effet un étrange dialogue va s’installer entre Les juifs et Jésus :
- « nous sommes de la famille d’Abraham »,
- « non vous n’êtes pas de sa famille parce que vous ne faites pas ce qu’Abraham a fait »,
- « qu’est-ce qu’il a fait ? »,
- « Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour ; et il l’a vu, et il s’est réjoui. « Vous vous faites les œuvres de votre père », sous-entendu le diable, le père du mensonge, c’est-à-dire de la non vérité,
- « Nous ne sommes pas des enfants illégitimes ; nous n’avons qu’un seul Père, Dieu. »,
- « Si Dieu était votre Père, vous m’aimeriez ; car c’est de Dieu que je suis issu et que je viens ; car aussi je ne suis pas venu de moi–même, mais c’est lui qui m’a envoyé. »

Voilà où Jésus voulait les amener et nous amener, Frères et Sœurs. A se resituer par rapport à Dieu le Père.
Famille d’Abraham, oui, parce qu’Abraham a fait confiance à Celui qui lui a fait grâce et l’a réintroduit dans sa famille, celle du Père de tout être humain ; Abraham qui accepte par la foi ce nouveau statut de fils, lui qui avait perçu au travers de l’épisode du sacrifice avorté d’Isaac que tout sacrifice d’être humain était interdit par Dieu. Seul Dieu lui-même dans la personne du Dieu-Fils pouvait refaire l’alliance de la Famille. Famille brisée par le premier fils, séduit par la parole du diable serpent qui lui proposait d’être dieu à la place du Père et de mettre le monde à ses pieds. Abraham avait vu ce jour, dit l’Ecriture, où le Dieu-Fils, alors élevé sur le bois, dirait : « tout est accompli ». Dieu a pourvu. Jéhovah Jireh, le nom même du lieu du sacrifice d’Abraham.

La vérité qui libère, c’est l’annonce de l’amour du Père;
La vérité qui libère, c’est l’annonce de la grâce de Dieu et du pardon qui relève, délivré de tout jugement;
La vérité qui libère, c’est l’annonce de la grâce de Dieu et du pardon qui relève, délivré de tout jugement et qui concerne aussi l’autre, celui qui vit près de moi;
La vérité qui libère, c’est l’annonce de l’alliance renouvelée qui fait de moi un fils ou une fille de Dieu;
La vérité qui libère, c’est l’annonce que je fais partie de la famille de Celui qui est le Père de tout être humain, qui est aussi le Père de mon voisin qui fait du bruit et qui suit un autre chemin de religion qui, d’ailleurs le ramène aussi vers le sacrifice d’Abraham et de la grâce de Dieu;
La vérité qui libère, c’est la proclamation qu’aucun être humain ne peut réduire l’autre à l’esclavage ou à subir la brutalité physiquement bien sûr, mais aussi psychologiquement, sexuellement et économiquement, dans la famille, dans le management, dans le modèle économique de l’entreprise, dans la société;
La vérité qui libère, c’est la proclamation de la justice, parce que je crois à ce statut de fils qui appartient à la maison du Père et dont je dois être signe dans mon quotidien. C’est mon engagement à œuvrer pour retisser les liens sociaux qui se délitent dans tous les quartiers de nos villes et même de nos campagnes.

C’est bien là le message de la Réforme : la parole, la grâce, la foi, la liberté de la famille de Dieu et la seule gloire de Dieu.. C’est bien ce message que nous devons proclamer au moment où nous nous approchons d’une guerre de civilisation. Rien ne se règlera définitivement par les armes. Il faut remettre Dieu à sa place de Père et chaque être humain à sa place de fils et de fille. C’est cette vérité qui m’affranchira spirituellement, intellectuellement ; c’est cette vérité qui nous affranchira du mensonge de la course au pouvoir et de la haine.
Vous êtes fils et filles du Père. Vous êtes dans la maison. Prenez donc votre statut en main.

Alors pour terminer et rejoindre les questions du départ :
- Quelle Parole? Une parole qui annonce la grâce du « tout est accompli »;
- Quelle vérité? Celle qui rappelle qu’il y a un seul Père, le père de tous, même de ceux qui ne partagent pas tous les éléments de ma religion;
- Quelle liberté? Celle du fils ou de la fille de la maison;
- Quel appel? Fais-lui confiance;
- Toute réforme de la société commence par une réforme de soi.
Amen