Prédication donnée par Marc Deroeux à Massy le 04 août 2014.

Lecture biblique :

1 Corinthiens 1:17 à 2:2
1 Corinthiens 1
17 Car ce n’est pas pour baptiser que le Christ m’a envoyé, c’est pour proclamer la Bonne Nouvelle. Et cela, sans recourir aux arguments de la sagesse humaine, afin de ne pas vider de son sens la mort du Christ sur la croix.
18 En effet, la prédication de la mort du Christ sur une croix est une folie aux yeux de ceux qui se perdent. Mais pour nous qui sommes sauvés, elle est la puissance même de Dieu.
19 N’est-il pas écrit:
Je détruirai la sagesse des sages
et je réduirai à néant l’intelligence des intelligents?
20 Où est le sage? Où est le spécialiste de la Loi? Où est le raisonneur de ce monde? Dieu n’a-t-il pas changé en folie la sagesse du monde?
21 En effet, là où la sagesse divine s’est manifestée, le monde n’a pas reconnu Dieu par le moyen de la sagesse. C’est pourquoi Dieu a jugé bon de sauver ceux qui croient, par un message qui paraît annoncer une folie.
22 Oui, tandis que, d’un côté, les Juifs réclament des signes miraculeux et que, de l’autre, les Grecs recherchent «la sagesse»,
23 nous, nous prêchons un Christ mis en croix. Les Juifs crient au scandale. Les Grecs, à l’absurdité.
24 Mais pour tous ceux que Dieu a appelés, qu’ils soient Juifs ou Grecs, ce Christ que nous prêchons manifeste la puissance et la sagesse de Dieu.
25 Car cette «folie» de Dieu est plus sage que la sagesse des hommes, cette «faiblesse» de Dieu est plus forte que la force des hommes.
26 Considérez donc votre situation, frères: qui êtes-vous, vous que Dieu a appelés à lui? On ne trouve parmi vous que peu de sages selon les critères humains, peu de personnalités influentes, peu de membres de la haute société!
27 Non! Dieu a choisi ce que le monde considère comme une folie pour confondre les «sages», et il a choisi ce qui est faible pour couvrir de honte les puissants.
28 Dieu a porté son choix sur ce qui n’a aucune noblesse et que le monde méprise, sur ce qui est considéré comme insignifiant, pour réduire à néant ce que le monde estime important.
29 Ainsi, aucune créature ne pourra se vanter devant Dieu.
30 Par lui, vous êtes unis au Christ, qui est devenu pour nous cette sagesse qui vient de Dieu: en Christ, en effet, se trouvent pour nous l’acquittement, la purification et la libération du péché.
31 Et il en est ainsi pour que soit respecté ce commandement de l’Ecriture:
Si quelqu’un veut éprouver de la fierté,
qu’il place sa fierté dans le Seigneur.

1 Corinthiens 2
1 C’est pourquoi, moi aussi, frères, lorsque je suis allé chez vous, je ne suis pas venu proclamer le secret de Dieu en utilisant les prestiges de l’éloquence ou de la sagesse.
2 Car, je n’ai pas estimé devoir vous apporter autre chose que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.

Un de nos chants exalte l’amour de Dieu en commençant par ces paroles « De Bethléem à la Croix, de la crèche à Golgotha » et en poursuivant « Il n’y a que Jésus ». L’incarnation – Dieu prend forme humaine – montre toute sa valeur et sa force à la Croix.

Mais la Croix vient heurter nos conceptions philosophiques et religieuses, folie pour la raison humaine, scandale pour la religion humaine. Le pasteur théologien réformé, Antoine Nouis, décrit bien ce choc de l’inconcevable, lorsqu’il écrit dans Un Catéchisme protestant :

A la Croix, viennent en effet se fracasser toutes les spéculations que l’homme peut faire sur Dieu. La théologie a essayé de penser à l’impensable en faisant entrer la Croix dans une logique, une pensée ou une théorie, mais la Croix échappe à toute explication… Elle est irrécupérable pour la pensée. Quel sens, quelle explication peut-on trouver face à la défaite de Dieu, à son rejet, à sa souffrance, à son humiliation, à sa mort ? Devant un tel non-sens la seule attitude convenable est le silence… l’écoute… la contemplation.

Une Croix banalisée et oubliée

Depuis deux mille ans, de nombreux artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, ont réalisé des chefs d’œuvres en s’inspirant de la Croix du Christ. D’innombrables ouvrages ont été écrits à son sujet. Elle se trouve érigée aux coins de nos rues, elle s’élève à la croisée de nos routes de campagnes. Devenue le symbole de la foi chrétienne, elle a pris des formes variées selon ses défenseurs, ou devrais-je dire ses profiteurs : Croix de Lorraine, Croix de Malte, Croix gammée, Croix de Saint André, Croix de Saint Antoine… Elle est même devenue objet de décoration en vue d’honorer ou de récompenser un homme ou une femme exemplaire : Croix de guerre, Croix du mérite, Croix de sagesse…

Banalisée, la Croix du Christ a perdu de sons sens pour nos contemporains. Inscrite dans notre paysage de tous les jours, elle a fini par passer inaperçue, et sa parole rendue ainsi muette. Et pourtant, elle demeure la preuve incompréhensible de l’amour de Dieu pour l’humanité. Les chrétiens et l’Eglise de Jésus-Christ sont ainsi, dans notre société, mis au défi de dire et redire, sans cesse et de manière actuelle, le message de la Croix qui concilie la justice et l’amour de Dieu.

La Croix plantée dans l’humanité : la justice de Dieu s’accomplit

Depuis que le péché – dans son sens général de rébellion – a fait irruption dans le monde, Dieu le Juste Juge ne peut que condamner cet état de fait et l’endiguer. Il ne peut non plus laisser impuni cet affront à sa Souveraineté. Sa justice doit être satisfaite. Devant le tribunal divin, l’argumentaire de homme ne pèse pas grand chose face à l’accusation dont il fait l’objet : ses jours sont comptés. Mais Dieu aime l’homme qu’il a créé à son image, homme pourtant devenu pécheur en faisant de son Créateur un raté – si l’on retient le sens premier du verbe « pécher » comme « rater une cible ».

Le génie de Dieu va être donc mis à l’épreuve pour réussir à respecter son statut de Créateur-Souverain tout en respectant celui de sa créature bien-aimée. Comment ne pas Se renier en tant que Dieu sans renier l’être humain qu’Il a voulu reflet de Sa Gloire ? Ce génie va donc s’exprimer parfaitement à la Croix. Dieu y accuse et y justifie en même temps. Dans son tribunal, Dieu assume vis-à-vis de l’homme à la fois le rôle du juge et de l’avocat. Cette tension amène ainsi le théologien anglais John Stott à affirmer que la Croix manifeste l’Unité de Dieu entre le Père et le Fils. Dieu pose l’acte de condamnation. Ne trouvant aucun moyen de défense efficace pour satisfaire Sa justice, Dieu décide de payer de Sa personne : à la Croix, en Jésus, Dieu accepte de subir le châtiment à la place du coupable. La simple foi, c’est-à-dire la confiance accordée à Dieu dans la validité de cet acte, fait alors de moi un Juste car justifié, un homme ou une femme libre car libéré à grand prix. C’est le sens que nous pouvons tirer des paroles de l’apôtre Paul en Romains 3:25-26 :

25 C’est lui (Jésus-Christ) que Dieu a offert comme une victime destinée à expier les péchés, pour ceux qui croient en son sacrifice. Ce sacrifice montre le justice de Dieu qui a pu laisser impunis les péchés commis autrefois, au temps de sa patience.

26 Ce sacrifice montre aussi la justice de Dieu dans le temps présent, car il lui permet d’être juste tout en déclarant juste celui qui croit en Jésus.

La Croix déployée dans l’humanité: l’amour de Dieu se donne

Si, à la Croix, Dieu se montre Juste, il déploie aussi son amour de manière sublime. Le motif premier de cet acte de génie juridique se trouve dans l’amour que Dieu porte à l’être humain. Si Dieu a horreur du péché, Dieu aime le pécheur et veut plus que tout son salut permettant de vivre une relation nouvelle. Le Chef-d’œuvre de Dieu, c’est la Croix, car c’est le Summum de l’expression de son amour pour nous. En Jésus, Dieu y manifeste l’amour dans toutes ses dimensions. Cet amour est immérité, sans limite, incompréhensible, débordant et donc à partager. L’apôtre Paul, dans sa prière de louange clôturant la première partie de sa lettre aux Ephésiens, chapitre 3, versets 1 et 19, s’émerveille devant cet amour du Christ :

Vous serez ainsi à même de comprendre, avec tous ceux qui appartiennent à Dieu, combien l’amour du Christ est large, long, élevé et profond. Oui, vous serez à même de connaître cet amour qui surpasse tout ce qu’on peut en connaître, et vous serez ainsi remplis de toute la plénitude de Dieu

Cette réalité de l’amour de Dieu atteint sa plénitude dans la reconnaissance comme Ses enfants de tous ceux et celles qui acceptent la Croix du Christ et sa valeur justificatrice. Non seulement Dieu, en Jésus, fait de nous des personnes respectables car justifiées, mais nous élève en dignité en nous accueillant comme ses fils et ses filles. C’est là le comble de l’amour divin qui se révèle à la Croix comme un absolu.

La Croix reste debout comme signe de réconciliation

Dans la vie du croyant (cf. verset 24)

La Croix, c’est la réponse de Dieu à la problématique du Mal. Mais à la Croix, Dieu attend une réponse de l’homme. C’est le lieu d’une parole d’acceptation et d’engagement. A la Croix, nous acceptons de recevoir le pardon de Dieu, d’entrer dans la paix de Sa présence, d’être remis debout et d’endosser la dignité d’enfants de Dieu. A la Croix, nous nous engageons aussi à vivre d’une manière digne de Celui qui nous a manifesté un si grand amour, et ce en nous éloignant du Mal qui déplaît à Dieu, en accordant le pardon, en vivant en paix avec les autres, en respectant chacun comme Dieu le respecte.

Pour le croyant, une vie nouvelle commence à la Croix. Une vie inspirée et éclairée par celle de Jésus et de son enseignement. L’apôtre Paul exprime cet état de fait en Galates 2:20 affirmant :

Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. Ma vie en tant qu’homme, je la vis maintenant dans la foi au Fils de Dieu qui, par amour pour moi, s’est livré à la mort à ma place.

Dans l’Eglise (cf. verset 26)

Si la Croix parle au croyant personnellement, elle parle aussi à l’Eglise. La Croix est le symbole fort de la réconciliation voulue de Dieu avec les hommes. La responsabilité première de l’Eglise du Christ Crucifié est de manifester concrètement cette réconciliation en professant la vérité de la révélation de Dieu en Jésus et en maintenant l’unité en son sein. Que la Croix du Christ, que nous avons accueillie dans nos vies, nous rapproche les uns des autres dans nos églises respectives, et entre églises, pour que nous vivions les uns avec les autres la Mission de réconciliation dans laquelle nous sommes maintenant partenaires avec Dieu.

C’est dans l’humilité que notre Seigneur attend que nous accomplissions cette Mission. Ne nous reposons donc pas sur notre sagesse toute humaine, notre savoir-faire acquis depuis longue date, nos structures bien rodées, nos organisations bien en place, mais cherchons ensemble, dans la prière et la lecture de la Bible, la puissance et la sagesse d’En Haut. Sachons nous laisser confondre par la folie et la faiblesse de Dieu !

Dans le monde (cf. versets 27 à 29)

Nos contemporains qui n’ont pas reconnu la folie et la faiblesse de Dieu dans la Croix du Christ nous attendent à la porte de ce lieu. Nos voisins, nos collègues de travail, nos camarades de classe, nos familles n’auront d’autre signe de la réconciliation voulue de Dieu avec eux que nos vies transformées. La cohérence entre nos paroles et notre comportement est déterminante : les gens ont besoin d’une prédication incarnée. Portons alors notre Croix dans un sens positif ! Montrons dans nos vies le Christ plutôt que de le démontrer !

La Croix est le symbole de la restauration des relations sociales, culturelles, raciales. Quiconque a du prix aux yeux de Dieu. L’accueil du Christ vise tous sans exception. Dans une société de plus en plus cloisonnée, à géométrie variables en matière d’accès au savoir (cf. l’informatique et Internet), où le racisme prend des formes latentes et donc dangereuses, le message de la Croix a toute sa pertinence.

Conclusion : Le quotidien de la Croix

La Croix, Parole de Vie

La Croix, c’est la réalité d’un amour qui se donne, qui se propage, qui donne envie en changeant les cœurs. C’est cette responsabilité que nous avons à vivre autour de nous en tant qu’enfants de Dieu ! Le message de la Croix, c’est dire la Parole de Vie au cœur même de la mort et de la souffrance…

La Croix, pont de réconciliation

Enfants de Dieu, nous sommes porteurs de la Croix du Christ dans nos vies, en tant qu’ouvriers de paix et bâtisseurs d’amour.

Soyons créatifs, à l’image du Créateur, pour créer des Ponts entre générations, au sein des familles, au cœur des cités. La Croix du Christ engage le chrétien comme l’Eglise à créer des ponts, des lieux de dialogue, de partage, d’être des havres de paix et des porteurs de vie…

Prière « Christ est mort pour nous »

Quand nous étions encore sans force,

Christ, au temps fixé, est mort pour les impies.

C’est à peine si quelqu’un voudrait mourir pour un juste.

Peut-être pour un homme qui est bon, accepterait-on de mourir ?

Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous :

Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs…

Romains 5,6-7

Par la mort de Christ, Dieu prouve son amour pour nous.

Par la mort de Christ, nous sommes délivrés de nos peurs, de nos fautes, de notre mort.

Par la mort de Christ, nous sommes réconciliés.

Que son amour, son pardon et sa réconciliation nous relèvent et nous fassent vivre.

Amen !