Basé sur une prédication de David Boydell, le 11 janvier 2009
Cet article est bien évidemment écrit du point de vue évangélique.

On parle souvent d’Églises « liturgiques » et d’Églises qui n’auraient pas de liturgie, ou qui auraient peu de liturgie. Quand on compare notre culte évangélique avec celui des catholiques, des anglicans, ou même des luthériens (sans parler des orthodoxes !), on peut facilement constater que notre culte est assez dépouillé, simple, et nous le voulons ainsi, pour que le culte que nous rendons au Dieu trois fois saint soit accessible à tous. Nous ne voulons ni un langage difficile à comprendre, ni des objets ou des habits qui mettraient une distance entre Dieu et le peuple, et encore moins entre le pasteur et le chrétien.

Souvent, par réaction contre ce que certains ont connu ailleurs, ou par peur d’un formalisme ou d’un manque de spontanéité, nous sommes mal à l’aise même avec les prières écrites (allant parfois jusqu’au refus de répéter le Notre Père !), même si nos chants sont des prières écrites qui sont chantées.

Mais est-ce qu’on peut dire que nous n’avons pas de « liturgie » ? Bien sûr que non ! Notre culte a une certaine forme, et si certains éléments étaient oubliés, on le remarquerait. Il y a toujours plusieurs lectures de la Parole de Dieu, des prières de louange, de confession, de reconnaissance. Il y a un temps de louange chantée, une prédication, une bénédiction et ainsi de suite. Deux actes liturgiques nous viennent du Seigneur lui-même. Nous les appelons « sacrements », parfois « ordonnances » : le baptême et la Sainte-Cène. Nous parlons aujourd’hui de la Cène.

La Sainte-Cène
Il y a quatre récits détaillés de la Sainte-Cène. Les trois premiers sont dans les évangiles de Matthieu, de Marc et de Luc. Le quatrième est dans la première lettre aux Corinthiens (voir plus bas). L’évangéliste Jean écrivait son évangile 20 ou 30 ans après les autres. Il parle bien et même longuement de ce dernier repas de Jésus avec ses disciples avant sa mort, mais il n’a pas besoin de nous raconter tous les détails du repas, puisque les quatre autres l’avaient déjà fait.
Nous nous concentrons sur le récit que fait Paul en 1 Corinthiens. Cela peut sembler étrange, puisque Paul n’était même pas présent à la Cène ! Mais il connaissait bien les disciples qui y étaient, et en plus il nous dit que le Seigneur lui a révélé certaines choses personnellement. En plus, Paul a écrit son récit une bonne dizaine d’années avant les évangiles pour répondre à des questions pratiques dans l’Église de Corinthe, où la Sainte-Cène suivait l’agape, le repas fraternel. Il explique donc plus que les évangélistes comment observer cette ordonnance du Seigneur et les pièges à éviter.

Lisons maintenant la première lettre aux Corinthiens 11.23-32

23 Car moi, j’ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il allait être livré, prit du pain ; 24 après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : « C’est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. » 25 Il fit de même avec la coupe, après le dîner, en disant : Cette coupe est l’alliance nouvelle en mon sang ; faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous en boirez. » 26 Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, c’est la mort du Seigneur que vous annoncez, jusqu’à ce qu’il vienne.
27 C’est pourquoi celui qui mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. 28 Que chacun s’examine plutôt lui-même, et qu’ainsi il mange du pain et boive de la coupe ; 29 car celui qui mange et boit sans discerner le corps mange et boit un jugement contre lui-même. 30 C’est pour cela qu’il y a parmi vous beaucoup de malades et d’infirmes, et qu’un assez grand nombre se sont endormis dans la mort. 31 Si nous nous jugions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. 32 Mais par ses jugements le Seigneur nous corrige, afin que nous ne soyons pas condamnés avec le monde.

A partir de ce texte, je propose d’aborder la Sainte-Cène en quatre questions :
Pourquoi célébrer la Sainte-Cène ?
Que signifie la Sainte-Cène ?
Qui est invité à y participer ? (et qui ne devrait pas y participer ?)
Quelles sont les conséquences de la Sainte-Cène pour nous ?

1. Pourquoi célébrer la Sainte-Cène ?
La réponse à cette question est très simple. C’est parce que Jésus nous a dit de le faire. Deux fois dans le passage que nous avons lu, en distribuant le pain et en donnant la coupe aux disciples, le Seigneur leur a dit : faites ceci en mémoire de moi. Et ils ont compris que Jésus avait laissé ces symboles à son Église en mémoire perpétuelle de ce qu’il avait fait pour nous : sa vie, sa mort, et sa résurrection, avec une référence spéciale à sa mort : Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur (verset 26).
Jésus n’a pas précisé quand il fallait observer cette cérémonie, avec quelle régularité. Dans certaines Églises, c’est tous les jours, ou une fois par semaine, tandis que dans d’autres la Sainte-Cène a lieu seulement deux ou trois fois par an. Dans l’Église baptiste à Massy, nous avons jugé bon de ne célébrer la Cène qu’une fois par mois, parfois deux fois, de peur qu’une observance trop fréquente lui enlève une partie de son sens. Le Seigneur nous laisse libres, pourvu que nous donnions à la Sainte-Cène toute sa signification. Ce qui nous amène à notre deuxième question, qui est un peu plus compliquée :

2. Que signifie-t-elle ?

C’est un repas. Ce que nous appelons la « Sainte Cène » est la commémoration du dernier repas de Jésus avec ses disciples, le jeudi soir avant le vendredi où il a été crucifié. D’où toute sa solennité. Le mot « Cène » vient du latin Cena, qui veut dire repas du soir (les Allemands et les Scandinaves appellent d’ailleurs la Sainte-Cène « repas du soir » : Abendmahl en allemand et nattvard en suédois). La première Cène était donc un repas spécial, un vrai repas que Jésus a pris avec ses disciples. Aujourd’hui, c’est un repas symbolique que nous prenons en mémoire de lui. C’est une « Sainte Cène », parce qu’elle est différente des autres repas, même pour Jésus et les disciples, comme nous allons le voir, et parce qu’elle a eu lieu pendant ce que nous appelons la semaine « sainte », semaine qui s’est terminée par la mort et la résurrection de Jésus.

C’est un mémorial ou un souvenir. Jésus prenait la Sainte Cène la nuit où il fut livré comme Paul et les évangiles nous rappellent. Les quatre évangiles nous disent que Jésus a même parlé de son arrestation lors de ce repas, qui a jeté un froid dans les cœurs des disciples. Ce n’était pas un repas très joyeux, puisque tout de suite après ce repas, Jésus allait souffrir l’agonie de Gethsemane suivi de son arrestation et sa mise à mort. Et c’était le repas de la Pâque (Matthieu 26.19, Marc 14.16, Luc 22.7, Jean 18.28), cette fête juive qui célébrait la sortie d’Égypte et la délivrance grâce à l’agneau, cette bête sans défaut (Exode 12.5) dont le sang sauvait les premiers-nés de la mort en Égypte. Oui, les Israélites de l’ancienne alliance avaient été sauvés grâce au sang de l’agneau immolé. Mais Jésus a donné une signification toute neuve à la Pâque. Cette coupe, dit-il (verset 25), est la nouvelle alliance en mon sang. Il n’y aura plus de sacrifice nécessaire pour le salut et le pardon des péchés, car c’est Lui, Jésus, « l’agneau immolé ». Enfin les disciples commencent à comprendre les paroles de Jean-Baptiste, tout au début du ministère de Jésus, qui avait dit, en le désignant : Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde (Jean 1.29). Les autorités religieuses avaient voulu éviter de tuer Jésus à la Pâque (Marc 14.1-2), mais c’est Dieu qui a décidé autrement, pour que toute la signification de la mort de Jésus soit claire. Il n’est pas mort par hasard, ni à une date aléatoire. Tout cela fait partie du plan de Dieu pour notre salut. Cette « nouvelle alliance dans le sang de Jésus » est une alliance de la grâce de Dieu qui paie le prix de notre péché : nous qui étions morts par nos fautes et incapables de nous sauver par nos propres efforts, il nous a rendus à la vie avec le Christ (Ephésiens 2.5). Oui, la Sainte-Cène nous rappelle, comme Jésus l’a dit, qu’en dehors de Lui, on est perdu. Il nous est impossible de mériter le salut et la vie éternelle. C’est Jésus qui a payé le prix, comme dit un chant anglais :

Il n’y avait nul autre assez bon
Pour payer le prix du péché
Lui seul a pu ouvrir la porte
Du ciel pour nous fait entrer.

C’est une façon de dire merci. C’est donc un repas où nous nous souvenons que nous devons tout au sacrifice de Jésus. Et pour cette raison, c’est aussi une occasion où nous remercions Dieu. Jésus a rendu grâces en prenant le pain (24), ce qui nous rappelle en passant qu’il est bon de remercier Dieu avant de manger ce qu’il nous donne (1 Timothée 4.4). Mais il y a plus dans l’action de grâces ici, et puisque le mot en grec traduit par « rendre grâces » est eucaristeo, certains appellent la Sainte-Cène « l’eucharistie », puisque le fait de dire merci à Dieu pour le don de Jésus est tellement important dans ce repas. Oui, ici nous ne le remercions pas seulement pour la nourriture de tous les jours, mais nous le remercions pour le sacrifice de Jésus à la croix pour nous.
Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde. (Jean 6. 51)

C’est aussi une expression de communion. Un autre sens de la Sainte-Cène est exprimé par le mot de « communion », mot utilisé pour décrire la Cène dans beaucoup d’Églises, y compris dans les Églises évangéliques anglophones. Quand Jésus parle d’une nouvelle alliance (25) il parle de notre communion, de notre relation avec Dieu qui était interrompue et qui est rétablie grâce à son sacrifice. Et Jésus avait toujours enseigné à ses disciples, même ce soir-là par le lavement des pieds, qu’ils étaient appelés à vivre en harmonie et à être les serviteurs les uns des autres. Si la croix de Jésus, symbolisée par ce repas, nous rapproche de Dieu, elle nous rapproche aussi les uns des autres comme Paul le dit aux Juifs et aux Grecs en Éph. 2.13ss :

Mais maintenant, en Jésus–Christ, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches, par le sang du Christ. Car c’est lui qui est notre paix, lui qui a fait que les deux soient un, en détruisant le mur de séparation, l’hostilité. Il a, dans sa chair … créé en lui, avec les deux, un seul homme nouveau, en faisant la paix, pour réconcilier avec Dieu les deux en un seul corps, par la croix, en tuant par elle l’hostilité. …

et aussi, en 1 Cor. 10.16-17 :

La coupe de bénédiction que nous bénissons, n’est-elle pas la communion au sang du Christ ? Le pain que nous rompons, n’est-il pas la communion au corps du Christ ? Puisqu’il y a un seul pain, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps ; car nous participons tous à un même pain.
C’est pourquoi le Seigneur nous dit de nous réconcilier avec notre frère si nous nous approchons de Dieu (et donc si nous prenons la Sainte-Cène). C’est pourquoi aussi nous prions souvent les uns pour les autres (les prières d’intercession) après la Cène et que nous faisons une deuxième offrande, une offrande de solidarité, pour ceux qui sont dans le besoin.

Il faut ajouter aussi que participer à la Sainte-Cène n’a aucune efficacité sacrificielle ou méritoire en tant que tel. Le fait de partager ce repas symbolique ne nous apportera aucun bénéfice spirituel si nous ne nous laissons pas toucher par son sens spirituel, comme nous allons voir en répondant à notre prochaine question.


3. Qui peut participer à la Cène ? Qui ne devrait pas y participer ?

Aux versets 27 et 29, Paul donne un avertissement sévère à l’Église de Corinthe :
Celui qui mangera le pain et boira la coupe du Seigneur indignement, sera coupable envers le corps et le sang du Seigneur. (…) celui qui mange et boit sans discerner le corps (du Seigneur), mange et boit un jugement contre lui–même.
Il est clair que « manger le pain et boire la coupe indignement » veut dire les prendre à la légère, prendre la Sainte-Cène sans se laisser toucher par le sens profond de ce que nous faisons, sans méditer le coût énorme que le Christ a payé pour nous affranchir de notre péché. A Corinthe, la Sainte-Cène suivait une agape, un repas fraternel, où certains mangeaient et buvaient à excès et ne partageaient pas ce qu’ils avaient apporté avec des frères et sœurs moins fortunés. Paul dit au verset 21 que certains étaient même ivres à la fin de l’agape, et donc n’étaient pas en état de prendre la Sainte-Cène. C’était un cas extrême, mais sans nous laisser aller à un tel excès, nous aussi nous pouvons prendre cette Cène indignement.

Le verset 28 nous aide à comprendre : Que chacun s’examine soi-même. Jésus est mort pour que nos péchés soient pardonnés, mais ce n’est pas automatique. Pour être pardonné, il faut se repentir, il faut demander pardon, et pour se repentir il faut identifier et reconnaître notre faute, il faut « s’examiner soi-même », passer du temps devant le Seigneur dans la prière à la lumière de sa Parole, lui demander de nous révéler même nos péchés cachés, les péchés dont nous nous accomodons.

Comme disait le psalmiste :
Qui connaît ses fautes involontaires ? Pardonne–moi ce qui m’est caché. (Psaume 19.12)

ou encore :
Tant que je gardais le silence, mes os se consumaient, je gémissais sans cesse ; car jour et nuit ta main pesait sur moi, ma vigueur s’était changée en sécheresse d’été. Je t’ai fait connaître mon péché : je n’ai pas couvert ma faute ; j’ai dit : Je reconnaîtrai mes transgressions devant le SEIGNEUR ! Et toi, tu as pardonné ma faute. (Psaume 32.3-5)

Qui peut donc participer à la Cène ?
Faut-il absolument être baptisé, par exemple ? Normalement oui, mais l’essentiel, ce n’est même pas le baptême, c’est le cœur humble et contrit. Celui qui est invité à ce repas, c’est celui qui « discerne le corps du Seigneur », celui qui se reconnaît pécheur, qui admet qu’il n’est pas digne de l’amour de Dieu, qui sait qu’il ne peut pas « mériter » le salut, la bénédiction de Dieu. Cela semble tout simple et pourtant, ce n’est pas normal de se reconnaître incapables !
Qui ne devrait pas participer à cette Cène ? Tout simplement celui qui n’est pas encore arrivé à ce point, ainsi que celui qui pense pouvoir se justifier devant Dieu et celui, même converti, qui persiste à vivre dans le péché. On pense à la malhonnêteté et au péché sexuel bien sûr, mais devrait aussi s’abstenir celui qui ne se repent pas de son orgueil, de son égoïsme, de son manque d’amour pour Dieu et pour les autres etc, …
Et si vous avez un doute sur votre statut devant Dieu, vous êtes invité tout simplement à laisser passer le pain et la coupe à la personne à côté de vous, sans manger ou boire. Mais le Christ vous invite à vous approcher de lui, à lui parler dans le silence, à lui confesser votre besoin de lui, pour que vous puissiez un jour partager la Cène (voir les versets 28 et 31). Ne laissez pas passer cette occasion de vous approcher de Dieu dans la prière et la repentance.

4. En conclusion : Quelles sont les conséquences de la Cène ?

Elle nous rappelle que nous avons été rachetés à un grand prix (1 Cor 6.20). Si nous sommes ici aujourd’hui, si nous partageons ce repas, c’est grâce au sacrifice du Christ. Il n’y a donc aucune raison d’être fiers de nous, de nous croire supérieurs aux autres. (Romains 3.27)

- Comme nous l’avons déjà dit, la Sainte-Cène parle de la communion, celle qui est rétablie avec Dieu. Et si nous sommes réconciliés avec Dieu, nous devons aussi être réconciliés avec les hommes. La croix a une dimension verticale et une dimension horizontale. Jésus a illustré cela en termes de l’ancienne alliance dans le Sermon sur la Montagne : Si donc tu vas présenter ton offrande sur l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande là, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère, puis viens présenter ton offrande. (Matthieu 5.23-24).

L’apôtre Jean souligne cet aspect aussi :
Et cet amour consiste non pas en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et qu’il a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. Bien-aimés, si Dieu nous a tant aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. (Première lettre de Jean 4.10-11)

- Notre passage nous dit que nous annonçons la mort du Seigneur, mais il y a une autre dimension : nous nous projetons aussi dans l’avenir, car nous pensons aussi au retour du Seigneur dans la gloire. Les évangiles disent ceci en citant Jésus : Je vous le dis, je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vigne, jusqu’au jour où j’en boirai du nouveau avec vous dans le royaume de mon Père. (Matthieu 26.29)

C’est le sens d’une des plus vieilles prières de Sainte-Cène qui existe, celle de la Didachè, écrite presque en même temps que le Nouveau Testament :

Que la grâce arrive et que ce monde passe !
Hosanna au Fils de David !
Si quelqu’un est saint, qu’il vienne;
s’il ne l’est pas, qu’il se repente.
Maranatha. (Viens, Seigneur, viens)

Que le Seigneur nous aide à nous rendre compte de tout ce que la Sainte-Cène symbolise, qu’il nous aide à nous examiner honnêtement devant lui, et que nous prenions le pain et le vin ce dimanche ou non, que cette Sainte-Cène soit un sujet de bénédiction pour chaque personne.

David Boydell, janvier 2009. Texte écrit à partir d’une prédication.

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