Prédication donnée par David Boydell à Massy le 4 février 2018.

Jean 8 : 12-29, 56-59

12 Jésus leur parla de nouveau et dit : Moi, je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. 13 Là-dessus, les Pharisiens lui dirent : Tu rends témoignage de toi-même, ton témoignage n’est pas vrai. 14 Jésus leur répondit : Quoique je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, car je sais d’où je suis venu et où je vais ; mais vous, vous ne savez pas d’où je viens, ni où je vais. 15 Vous, vous jugez selon la chair ; moi, je ne juge personne. 16 Et si moi, je juge, mon jugement est conforme à la vérité, car je ne suis pas seul, mais avec moi il y a le Père qui m’a envoyé. 17 Dans votre loi il est écrit que le témoignage de deux hommes est vrai. 18 Moi, je rends témoignage de moi-même, et le Père qui m’a envoyé rend témoignage de moi. 19 Ils lui dirent donc : Où est ton Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père.
20 Jésus dit ces paroles dans (le lieu où était) le trésor, alors qu’il enseignait dans le temple ; et personne ne l’arrêta, parce que son heure n’était pas encore venue.
21 Jésus leur dit encore : Je m’en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché ; vous ne pouvez venir où je vais. 22 Les Juifs dirent : Se tuera-t-il lui-même, puisqu’il dit : Vous ne pouvez venir où je vais ? 23 Et il leur dit : Vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde, moi, je ne suis pas de ce monde. 24 C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés ; car si vous ne croyez pas que Moi je suis, vous mourrez dans vos péchés.
25 Qui es-tu ? lui dirent-ils. Jésus leur répondit : D’abord, pourquoi vous parlerai-je ? 26 J’ai à votre sujet beaucoup à dire et à juger ; mais celui qui m’a envoyé est vrai, et ce que j’ai entendu de lui, je le dis au monde. 27 Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père. 28 Jésus donc leur dit : Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez que je suis et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle selon ce que le Père m’a enseigné.29 Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que moi, je fais toujours ce qui lui est agréable.
[... le débat continue, et les opposants citent Abraham, dont ils se réclament. Jésus continue : ]
56 Abraham, votre père, a tressailli d’allégresse (à la pensée) de voir mon jour : il l’a vu et il s’est réjoui.
57 Les Juifs lui dirent : Tu n’as pas encore cinquante ans et tu as vu Abraham ?
58 Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, moi, je suis.
59 Là-dessus, il prirent des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se cacha, et sortit du temple.

Dans l’année juive il y a beaucoup de fêtes, mais il y en a trois qui avaient, et qui ont toujours, une importance particulière : il s’agit de la Pâque, qui a lieu au printemps, de la Fête des semaines, 50 jours plus tard, et de la Fête des Tabernacles, qui a lieu en automne, au moment de la moisson. Les deux premières sont bien l’équivalent de notre Pâques et la Pentecôte, et les Juifs fêtent toujours les Tabernacles en automne. Dans certains jardins, on voit des tentes qu’on dresse à cette occasion.

Nous allons lire ce matin un passage de  l’évangile de Jean qui décrit une des visites que Jésus a faites à Jérusalem lors des Fêtes, précisément à l’occasion de la Fête des Tabernacles, quelques mois avant la Passion. Mais avant de lire notre passage, en Jean 8, résumons le contexte de cet incident.

Jésus est donc à Jérusalem, à la fin de la Fête des Tabernacles (Jean 7.2), dans la deuxième année de son ministère public.  Jésus était allé à la fête en secret et à l’insu de ses frères, car le temps n’était pas venu pour précipiter la fin, et les autorités religieuses souhaitaient déjà sa mort. Il y va donc au milieu de la fête (7.14) et il a commencé à enseigner dans le temple. Il ne pouvait plus se cacher, car il est devenu tout de suite le centre d’attention à cause de sa connaissance des écritures et parce qu’il enseignait qu’il avait une mission unique donnée par le Père. C’est ainsi qu’il déclare (7.37-38) qu’il donnera de l’eau spirituelle à celui qui veut. Même les gardes envoyés pour l’arrêter n’ont pu le faire, et ils ont dit aux autorités : « Jamais personne n’a parlé comme cet homme » (7.46).  Nous rejoignons donc l’action de cette histoire en Jean 8, à la fin de la Fête, où Jésus va faire encore une déclaration qui va étonner ses auditeurs.
La vie de Jésus était en danger. Les pharisiens et les spécialistes de la loi voulaient le piéger dans ses paroles (comme le montre l’incident de la femme adultère, que nous n’avons pas lu). Et au verset 12 Jésus fait cette grande déclaration dans le Temple : « Moi, je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »
Ceux qui connaissent cet évangile auront compris que cette déclaration est une des sept grandes déclarations de Jésus qui commencent par les mots « Je suis » :

  • Je suis le pain de la vie (6.35),
  • Je suis la lumière du monde (8.12),
  • Je suis et la porte des brebis (10.7),
  • Je suis le bon berger (10.11),
  • Je suis la résurrection et la vie (11.25),
  • Je suis le chemin, la vérité et la vie (14.6), et finalement
  • Je suis le vrai cep (15.1).

Et chacune de ces déclarations nous enseigne quelque chose sur la personne de Jésus.

Pourquoi donc Jésus a-t-il proclamé « Moi, je suis la lumière du monde » à cette occasion ?
Nous avons déjà fait remarquer que Jésus était allé à Jérusalem pour la Fête des Tabernacles, et cette fête commémorait le passage des Israélites dans le désert après l’Exode, période où nous lisons que « L’Éternel allait devant eux, le jour dans une colonne de nuée pour les guider sur leur chemin, et la nuit dans une colonne de feu pour les éclairer, afin qu’ils puissent marcher jour et nuit. » (Ex 13.21, etc.) Et justement, dans le temple de Jérusalem au temps de Jésus, en souvenir de cette colonne de feu, on allumait pendant cette Fête un immense candélabre dans le parvis des femmes et qui, de là, illuminait toute une partie de la ville. Et Jésus prononçait ces paroles dans le parvis des femmes, près de ce candélabre et devant le tronc des offrandes, au même lieu où il se tiendrait de nouveau quelques mois plus tard, quand il ferait remarquer la pauvre veuve qui donnait ses deux sous. Ce n’est donc pas par hasard que Jésus parlait de la lumière dans ce lieu. Ce candélabre étonnait tout le monde, car il illuminait tout autour. Mais Jésus, lui, est la lumière qui illumine non seulement le voisinage, mais le monde entier !

Nous savons aussi que l’image de la lumière, qui donne naissance à la vie terrestre et qui l’éclaire, est une image utilisée partout dans le monde, dans des religions païennes et même par les philosophes. On nommait bien sûr Louis XIV « Le roi soleil », et on appelle le 18e siècle le « Siècle des Lumières » à cause des philosophes ! Jésus donc, pour souligner qui il est, prend un symbole qui parlerait non seulement au peuple juif à cette occasion, mais qui serait compris immédiatement par des gens de toute culture.

Dans Genèse 1, c’est la lumière qui est créée le premier jour de la création, car sans elle la vie des plantes et des animaux qui l’ont suivie n’aurait pas pu exister. Plus tard dans la révélation, la loi est souvent décrite comme une lumière, par exemple, dans le verset que nous chantons souvent, « Ta Parole est une lampe à mes pieds, et une lumière sur mon sentier » (Ps 119.105). Les chants du serviteur dans la prophétie d’Ésaïe présentaient le serviteur de Dieu comme « la lumière des nations, pour apporter (son) salut jusqu’aux extrémités de la terre » (És 49.6, cf. 42.6), et en parlant de Jérusalem, il a dit : « Des nations marcheront à ta lumière, et des rois à la clarté de ton aurore ». (60.3). Et c’est dans la suite de ces idées que Jésus-Christ est présenté par l’évangéliste Jean au chapitre 1 comme « La Parole » et « La lumière ». La Parole incarnée de Dieu, c’est lui, qui illumine tout être humain (1.8), comme Jésus répète ici : « celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »

Oui, ce jour-là, cet homme de Galilée, celui que les gens raffinés de Jérusalem considéraient comme un provincial sans culture, se lève dans le temple de Jérusalem, devant le peuple mais aussi devant les autorités religieuses de son temps et il déclare : « Moi, je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »

Les réactions hostiles ne se sont pas fait attendre. Les détracteurs de Jésus ont mis en doute son autorité, car pour eux il fallait deux témoins pour établir une vérité. Jésus parle de son propre témoignage – sans doute celui de ses œuvres, que les détracteurs ne voulaient pas accepter, malgré l’évidence qui leur sautait aux yeux, et de celui de son Père, faisant allusion sans doute à la voix qui s’était fait entendre lors de son baptême.

Et dans tous les discours de Jésus, il est évident qu’il ne parle jamais de « Notre Père », terme qu’il a réservé pour la prière qu’il a enseignée aux disciples. Non, il parle toujours d’une filiation unique, d’une relation intime à laquelle personne d’autre ne pouvait prétendre. Comme dans ce passage, pour parler de Dieu il parle toujours soit « du Père » tout simplement soit de « Mon Père » ou de « Votre Père », en faisant une distinction très claire entre sa filiation et celle des autres. Et ses déclarations dans les versets que nous avons lu sont très claires :

  • Je ne suis pas seul, mais avec moi il y a le Père qui m’a envoyé (16b) ;
  • Vous ne connaissez ni moi, ni mon Père. Si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père (19) ;
  • Celui qui m’a envoyé est vrai, et ce que j’ai entendu de lui, je le dis au monde (26) ;
  • Celui qui m’a envoyé est avec moi (29).

Et si tout cela n’était pas assez clair, Jésus utilise sept fois dans les versets que nous avons lus la phrase que Dieu avait utilisée pour s’identifier à Moïse au buisson ardent : « Je suis » . Et chaque fois il insiste sur le verbe, en répétant le sujet : ἐγώ εἰμι, ou « Moi, je suis » :

  • Moi, je suis la lumière du monde (12) ;
  • Moi, je suis mon propre témoin (18 en grec, rendu ainsi par le Semeur) ;
  • Vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde, moi, je ne suis pas de ce monde (23) ;
  • Si vous ne croyez pas que Moi je suis, vous mourrez dans vos péchés (24) ;
  • Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez que je suis (28) ;
  • avant qu’Abraham fût, moi, je suis (58).

Si certaines de ces expressions ne sont pas forcément une prétention à la divinité en soi, il n’y a pas l’ombre d’un doute que c’est ainsi que les premiers auditeurs ont compris les déclarations qui commencent par « Je suis » dans l’évangile, et certaines des sept déclarations dans notre passage sont absolument claires, par exemple Si vous ne croyez pas que Moi je suis, vous mourrez dans vos péchés (24). Et la dernière de ces phrases dans ce passage est particulièrement claire : en disant « avant qu’Abraham fût, moi, je suis » (58) Jésus dit à ses auditeurs qu’il existait avant toute la création, que le Jésus en chair et en os qui leur parlait est bien éternel, et comme le prologue de Jean le dit, qu’il « avait tout (créé), et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans (lui) ». (1.3). La fin du chapitre montre bien qu’ils ont compris : Lui qui avait sauvé la femme adultère de lapidation dans l’incident qui est placé au début du chapitre a failli mourir lui-même par lapidation pour ce que ses auditeurs croyaient être un blasphème : comme Jean a déjà noté au ch 5 (v 18), « il appelait aussi Dieu son propre Père, se faisant lui-même égal à Dieu ».

Et en le rejetant, ces autorités religieuses et la foule qui les suit illustrent exactement ce que Jean avait dit au début de son évangile :

Cette lumière était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, éclaire tout être humain. Elle était dans le monde et le monde a été fait par elle, pourtant le monde ne l’a pas reconnue. Elle est venue chez les siens, et les siens ne l’ont pas accueillie. (Jean 1.9-11)

Mais heureusement que Jean ch 8 (et encore moins Jean 19, la crucifixion de Jésus) n’est pas la fin de l’histoire. Jésus est mort, mais il est ressuscité et il vit encore. Jésus Christ est toujours la lumière du monde. Sa promesse est toujours valable pour nous aujourd’hui.

Pour conclure, quelques mots d’abord pour ceux qui ont du mal à accepter Jésus comme la Lumière du monde, et d’autres mots pour ceux qui en sont déjà convaincus :

Pour certains au temps de Jésus, et pour d’autres tout au long des 2000 ans qui ont suivi jusqu’à nos jours, la lumière de Jésus les gêne, elle éclaire des choses qu’ils préfèrent cacher, car la lumière de Jésus nous révèle tels que nous sommes, et parfois nous préférons ignorer notre propre misère. C’est pourquoi Jésus dit ici, et ailleurs, qu’il n’est pas venu juger le monde, mais pour nous donner la vie. Et pourtant, certains attirent leur propre jugement sur eux en fuyant sa lumière : au ch 3, nous lisons :

« Voici quel est ce jugement: la lumière est venue dans le monde et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière parce que leur manière d’agir était mauvaise. » (Jean 3.19)

Mais par la venue de Jésus nous avons la possibilité de renoncer aux ténèbres en nous pour accepter sa lumière. Et le ch 1 que nous avons cité en disant que beaucoup ont rejeté Jésus continue en disant : A tous ceux qui l’ont acceptée, à ceux qui croient en son nom, (la Lumière, Jésus) a donné le droit de devenir enfants de Dieu, puisqu’ils sont nés non du fait de la nature, ni par une volonté humaine, ni par la volonté d’un mari, mais qu’ils sont nés de Dieu.

Oui, Jésus est la lumière du monde – et il t’offre aujourd’hui la vie nouvelle, si tu acceptes de le suivre.

Et aux autres, ceux qui sont déjà convaincus, ceux et celles qui sont déjà disciples de Jésus-Christ, je vous rappelle tout simplement que Jésus, la lumière du monde, le seul qui brille de sa propre lumière, a aussi dit à ses premiers disciples, et donc à nous aussi :

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut pas être cachée, et on n’allume pas non plus une lampe pour la mettre sous un seau, mais on la met sur son support et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que, de la même manière, votre lumière brille devant les hommes afin qu’ils voient votre belle manière d’agir et qu’ainsi ils célèbrent la gloire de votre Père céleste. (Mt 5.14-16)

Il est évident que nous sommes seulement la lumière du monde aussi longtemps que nous reflétons Celui qui est la grande lumière du monde, Jésus-Christ, et pour cela, il faut constamment être transformés par la lecture de la Parole et par son Esprit. Chrétien, qu’en est-il de la lumière que tu montres au monde qui t’entoure ? Est-ce qu’elle attire les regards sur ton Sauveur et Maître ?